Au commencement était le voyage...
Modèle de bateau avec des passagers
Levant (Chypre), âge du bronze moyen (2000-1600 avant J.-C.)
Céramique modelée, décor peint sur fond blanc, 16,7 cm x 26 cm x 14 cm
Musée du Louvre, département des Antiquités orientales, AM 972
Ce frêle modèle de bateau, rond comme un ventre, d'où émergent, modelés de sa matière même, huit personnages et deux oiseaux, a près de quatre mille ans ; mains sur les hanches, une femme chante en face d'un couple enlacé, une autre arrange sa coiffure ; derrière le personnage chevauchant la proue (à valeur phallique, une divinité ?), deux d'entre eux se regardent, un autre à la poupe écoute. Il se dégage de cet objet d'origine chypriote de l'âge du bronze, peut-être autrefois suspendu dans un temple en offrande aux dieux, un certain bonheur d'être au monde.
On aimera évoquer ici le mythe mésopotamien du dieu-lune Sin, le Nanna sumérien, fils des dieux de l'air Ninlil et Enlil, petit-fils de Ki (la Terre) et d'An (le Ciel), seigneur de sagesse qui préside à la naissance, divinité tutélaire de la ville d'Ur où il avait un temple, révéré à Harran dans un important sanctuaire, représenté coiffé du croissant aux deux pointes relevées comme la coque d'un bateau, qui voyage à travers ciel dans son esquif de brindilles tressées enduit de goudron, berger des étoiles et des planètes ; il plaide auprès d'Enlil pour épargner à Ur le Déluge, apporte au monde en abondance dans son bateau venu du paradis, aux cris de "bienvenue, ouvrez-les portes", animaux, plantes et fruits, établit pour son représentant sur terre, Ur-Nammu, fondateur de la IIIe dynastie d'Ur, l'un des premiers législateurs ; dieux à l'image des hommes, hommes à l'image des dieux... Des prières s'élevaient vers lui : "Sîn, luminaire des cieux, seigneur le plus puissant des Grands Dieux, lumière de toutes les multitudes, tu procures un jugement de droiture et de justice, tu raffermis le faible. À celui qui n'a pas de fils, tu procures un fils ; l'inféconde sans toi ne conçoit pas. Celui qui te cherche sans cesse ne manque pas de faire le bien."