Une allégorie polémique : la Synagogue aux yeux voilés
Doctrinal traduit en français par Jean Golem sur l'ordre de Charles V
Paris, vers 1380-1390
Parchemin, 250 f., 43 x 29,5 cm
BNF, Manuscrits, français 176, f. 1
Soucieux de dégager la nouveauté de son message, le christianisme a souvent été tenté de considérer, à travers l'interprétation des Pères de l'Église, que le "Nouveau Testament" rendait caduc l'"Ancien" ou que, à tout le moins, celui-ci ne pouvait se lire qu'à la lumière du nouvel éclairage apporté par Jésus venu révéler au grand jour ce qui était resté jusque-là dissimulé sous le discours de l'énigme.
La miniature de ce doctrinal utilisant un vocabulaire familier aux artistes des cathédrales médiévales en est une illustration frappante : à gauche, la Synagogue, baissant la tête, les yeux voilés par un bandeau, tenant de la main gauche les tables d'une Loi mosaïque prête à tomber au sol, semble bien, dans l'hésitation de sa posture et l'extrême simplicité de sa robe d'un mauve éteint, sur le point de céder la place à l'Église couronnée et nimbée qui lève son visage avec assurance, portant très haut dans sa main gauche la croix du Christ comme un étendard, et dans sa main droite le ciboire contenant le sang du Christ. L'éclat de ses vêtements, la fierté de sa posture solidement adossée au bord de l'image trahissent l'avantage qui lui est ici ostensiblement accordé.