Saint Jérôme, héros de la traduction biblique
Première Bible de Charles le Chauve (dite aussi Bible de Vivien)
Tours, vers 846
Parchemin, 423 f., 49,5 x 37,5 cm
BNF, Manuscrits, latin 1, f. 3 v
C'est autour de la rayonnante figure de saint Jérôme que s'ouvre cette bible commandée pour l'empereur par Vivien, abbé de Saint-Martin de Tours (844-851) : nimbé d'un halo d'or, le saint fait voile vers l'Orient, travaille à la Bible qu'il prend le temps d'expliquer à ses disciples qui commencent à la copier, puis, à l'instar d'un nouveau Moïse, la distribue aux moines qui, saisis d'une mystérieuse contagion, se dépêchent de retourner dans leur église, le précieux volume à la main ! En quelques images l'épopée de la traduction biblique se trouve ici magnifiquement résumée.
Jérôme naît en Italie vers 342, peu de temps après que le christianisme a été adopté par l'empereur Constantin. Il apprend le latin à Rome du célèbre grammairien Donat, perfectionne son grec et apprend l'hébreu en Palestine et en Syrie. Le pape Damase Ier (366-384), désireux de faire de Rome la capitale chrétienne de l'Europe, le charge de réviser le texte des Évangiles, dont différentes versions circulent souvent truffées d'erreurs de lecture ou de transcription, l'une en grec, l'autre en latin ancien, version qualifiée de Vetus latina (vieille latine) dont Jérôme trouve le texte particulièrement altéré. Il peut en rectifier les variantes erronées en se référant aux passages équivalents de la version grecque.
En 386 il s'installe à Bethléem et travaille pendant trente ans à une traduction complète de la Bible en s'appuyant sur les Hexaples d'Origène (vers 185-254) et sur des manuscrits bibliques en hébreu. Il meurt en 420, à près de 80 ans. Sa version, ou "Vulgate", dans un latin accessible et admirable, va circuler dans la chrétienté occidentale tout au long du Moyen Âge pour devenir à la Renaissance le premier livre imprimé.
L'époque carolingienne est marquée par d'autres essais d'amélioration du texte biblique, certainement encouragés par Charlemagne (747-814), qui y voit un moyen de favoriser l'étude du latin et de réaliser son désir de refondation du Saint Empire romain. La plus célèbre de ces révisions est due à Alcuin, qui prend pour base la Vulgate de saint Jérôme : il corrige orthographe, ponctuation et grammaire pour en normaliser la forme. Alcuin meurt en 804 mais sa version de la Vulgate continue d'être copiée à Saint-Martin de Tours, ce magnifique exemplaire en est l'illustration.