Quand la glose envahit le texte
Bible latine avec la glose ordinaire :
Actes des apôtres, Épîtres canoniques et Apocalypse
Paris, deuxième moitié du XIIIe siècle
Parchemin, 37,5 x 25 cm
BNF, Manuscrits, latin 15236, f. 138
Ce tome d'une bible latine du XIIIe siècle, ouvert au début du Livre de l'Apocalypse, est un bel exemple de déploiement de la glose (du latin glosa, "commentaire") entre les lignes et autour du texte sacré. Il est copié dans une écriture de gros module facile à distinguer, disposé sur une seule colonne et en double interligne afin que le copiste puisse ensuite ajouter les deux niveaux de la "glose ordinaire", interlinéaire et marginal. On voit en effet entre les lignes se déployer le premier registre de cette glose très répandue, en l'occurrence une explication des termes devenus obscurs, car le latin de la Vulgate de saint Jérôme, rédigée à la fin du IVe siècle, n'était plus entièrement compréhensible par les clercs du XIIIe siècle. Le deuxième registre, toujours de la main du copiste, se développe autour de la colonne centrale pour éclairer certains fragments du texte de l'Apocalypse.
Les grandes marges laissées vierges dans la mise en page initiale sont occupées par un autre type de glose : une écriture cursive minuscule y a ajouté un commentaire savant (sans doute celui de Hugues de Saint-Cher) dont la lecture est guidée par de petits signes renvoyant au mot ou au passage biblique commentés ; enfin une troisième main a griffonné ici et là des annotations rapides.
Le texte biblique, réservé aux clercs, n'est accessible qu'à travers une tradition de commentaires qui l'éclairent et le protègent en même temps.