Gallimard

The Independent

Robert Fisk, traduit dans Courrier International, 5 mars 2012.
 
Un grand reporter témoigne du travail de ses confrères sur les terrains de guerre.
« Le spectacle de ces reporters en combinaison bleue, occupés à interviewer les victimes de la guerre, lesquelles ne bénéficient pas de ce genre de protection, suscite en moi un malaise grandissant. Je sais que les assureurs insistent pour que les correspondants et les équipes de tournage s'affublent de ces machins. Mais dans les rues, c'est une autre impression qui se dégage : celle que la vie des journalistes occidentaux a quelque part plus de valeur, qu'elle est intrinsèquement plus précieuse, plus digne d'être préservée que celle des civils “étrangers” qui souffrent autour d'eux. Il y a de cela des années, au cours d'un échange de tirs d'artillerie à Beyrouth, on m'a demandé d'enfiler un gilet pare-éclats pour un entretien télévisé mené par un journaliste lui-même engoncé dans un de ces étuis d'acier de plus de cinq kilos. J'ai refusé. Il n'y a pas eu d'interview. »