arrêt sur...

L’irrésistible attraction du fait divers

Par Daniel Salles

« Accident, délit ou événement de la vie sociale qui n'entre dans aucune des catégories de l'information. »
Glossaire des termes de presse

 

Quelques définitions du fait divers

« Sous cette rubrique, les journaux groupent avec art et publient régulièrement les nouvelles de toutes sortes qui courent le monde : petits scandales, accidents de voiture, crimes épouvantables, suicides d'amour, couvreur tombant d'un cinquième étage, vol à main armée, pluie de sauterelles ou de crapauds, naufrages, incendies, inondations, aventures cocasses, enlèvement mystérieux, exécutions à mort, cas d'hydrophobie, d'anthropophagie, de somnambulisme et de léthargie, les sauvetages y entrant pour une large part et les phénomènes de la nature tels que veaux à deux têtes, crapauds âgés de quatre mille ans, jumeaux soudés par la peau du ventre, enfants à trois yeux, nains extraordinaires. »
Grand Dictionnaire Larousse du XIXe siècle

« Nouvelles peu importantes d'un journal. »
Petit Robert, 1983.

« Les événements du jour (ayant trait aux accidents, délits, crimes) sans lien entre eux, faisant l'objet d'une rubrique dans le journal. »
Petit Robert, 1995.

« Accident, délit ou événement de la vie sociale qui n'entre dans aucune des catégories de l'information. »

Glossaire des termes de presse

« Le fait divers relie donc deux termes d’une façon anormale, faisant surgir l’extraordinaire parce que les mises en scène des faits sont des dérogations aux normes établies, des déclinaisons de l’ambivalence humaine ; les personnages qu’il met en scène, fréquemment réduits à leur rôle type dans un schéma narratif redondant, sont atteints dans leur quotidien. Structurellement, c’est un texte qui voile son énonciation et qui, même narratif (et construit selon une structure chronologique), contient des descriptions et des dialogues. »
Annick Dubied, Marc Lits, in Le fait divers, Que sais-je ? 1999, p. 70.

« L'ambivalence est au cœur du fait divers, cette catégorie qui n'en est pas une, où l'on range en vrac tout ce qui dérange et intrigue, fascine et effraye, parce que s'y dévoile brusquement l'envers trouble et mystérieux de l'humanité. »
Edwy Plenel

« Depuis que le début de l'humanité a commencé par une escroquerie à la pomme, s'est poursuivie par le meurtre d'un frère par son père, a failli s'interrompre sur une catastrophe météorologique, le fait divers est le reflet de la vie et l'image d'une société. »
Pierre Viansson-Ponté



Citations littéraires

« Il est impossible de parcourir une gazette quelconque, de n'importe quel jour, ou quel mois, ou quelle année, sans y trouver, à chaque ligne, les signes de la perversité humaine la plus épouvantable, en même temps que les vanteries les plus surprenantes de probité, de bonté, de charité, et les affirmations les plus effrontées, relatives au progrès et à la civilisation.
Tout journal, de la première ligne à la dernière, n'est qu'un tissu d'horreurs. Guerres, crimes, vols, impudicités, tortures, crimes des princes, crimes des nations, crimes des particuliers, une ivresse d'atrocité universelle.
Et c'est de ce dégoûtant apéritif que l'homme civilisé accompagne son repas de chaque matin. Tout, en ce monde, sue le crime : le journal, la muraille et le visage de l'homme.
Je ne comprends pas qu'une main puisse toucher un journal sans une convulsion de dégoût. »

Charles Baudelaire, Mon cœur est mis à nu.

« En m'éveillant je me disposais à répondre à Henri van Blarenberghe. Mais avant de le faire, je voulus jeter un regard sur Le Figaro, procéder à cet acte abominable et voluptueux qui s'appelle lire le journal et grâce auquel tous les malheurs et les cataclysmes de l'univers pendant les dernières vingt-quatre heures, les batailles qui ont coûté la vie à cinquante mille hommes, les crimes, les grèves, les banqueroutes, les incendies, les empoisonnements, les suicides, les divorces, les cruelles émotions de l'homme d'État et de l'acteur, transmués pour notre usage personnel à nous qui n'y sommes pas intéressés, en un régal matinal, s'associent excellemment, d'une façon particulièrement excitante et tonique, à l'ingestion recommandée de quelques gorgées de café au lait. Aussitôt rompue d'un geste indolent, la fragile bande du Figaro qui seule nous séparait encore de toute la misère du globe et dès les premières nouvelle sensationnelles où la douleur de tant d'êtres « entre comme élément », ces nouvelles sensationnelles que nous aurons tant de plaisir à communiquer tout à l'heure à ceux qui n'ont pas encore lu le journal, on se sent soudain allègrement rattaché à l'existence qui, au premier instant du réveil, nous paraissait bien inutile à ressaisir. »
Sentiments filiaux d’un parricide. Article de Marcel Proust. Le Figaro. 1er février 1907

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