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Le sport dans la presse

Par Loïc Joffredo

La radio et surtout la télévision révolutionnent l’approche du fait sportif et affectent violemment les usages en cours dans la presse écrite.

La presse au temps du sport-spectacle


Les médias du direct abolissent le temps et la distance. Le commentaire à la radio des matchs et des courses cyclistes dès les années 1930, puis leur télédiffusion régulière à partir des années 1960 sont favorisés par les progrès techniques des moyens de captation et de réception (caméras de plus en plus légères, retransmission télévisée par moyens HF, généralisation du poste à transistor). En permettant au téléspectateur de « vivre » une manifestation sportive, mieux même que ne le ferait le supporter dans les gradins ou sur le bord de la route, la télévision marque un point décisif dans la concurrence que se livrent les médias pour transmettre l’émotion vécue.
Plus récemment, le développement des chaînes commerciales, puis de l’information en continu achèvent de faire des médias audiovisuels les acteurs essentiels de l’économie du sport, d’autant plus que, depuis les années 1970, la télévision accepte de payer des droits pour retransmettre les manifestations sportives. On sait l’accélération prise par cette tendance en trente ans.
Dépossédée de ses « exclusivités », la presse sportive imprimée se révèle de moins en moins visible dans le sponsoring d’épreuves : parmi beaucoup d’exemples historiques, la Solitaire du Figaro (ex-Course de L’Aurore) s’est ouverte à d’autres partenaires, le Grand Prix cycliste du Midi libre a été supprimé, et le Critérium du Dauphiné a été racheté par le groupe Amaury. Ce dernier, éditeur de L’Equipe et de France Football, demeure le seul grand organisateur d’événements sportifs (le Tour de France bien sûr, mais aussi le Paris-Roubaix cycliste, le Paris-Dakar, le Marathon de Paris, l’Open de France de golf…) et s’est transformé en puissant groupe multimédia, investissant dès 1998 dans la chaîne L’EquipeTV, puis dans les jeux sur Internet. Cœur du groupe, le quotidien L’Equipe est plus que jamais le leader de la presse sportive, pourvoyeur de l’essentiel des scoops dans le domaine.

À la croisée des chemins

À l’ère du sport-spectacle vécu en direct, le journalisme sportif, dont la temporalité est différente, s’en trouve bouleversé. Son pouvoir de narration ne peut soutenir la concurrence de la télévision. Celle-ci, d’ailleurs, impose l’actualité : il n’y a d’événement sportif que celui qui est télévisé. Et les champions populaires sont ceux qui sont révélés par le petit écran. Afin de marquer sa différence, le journaliste se voit contraint d’offrir des épreuves sportives des comptes rendus plus analytiques ou de se livrer à une surenchère dans le pouvoir d’évocation, dans laquelle dominent, pour le meilleur ou le pire, l’humour et le « décalage ». Il recherche aussi de nouveaux angles et explore les zones d’ombres du monde du sport : l’argent-roi, le dopage, le racisme, la violence et le hooliganisme… Se battant contre la marginalisation (les reporters de la presse sportive ne sont plus toujours prioritaires dans les stades), les pressions diverses et l’« omerta » en vigueur dans certains milieux, le journaliste tisse dorénavant des liens autrefois impensables entre l’actualité sportive et l’actualité politique, sociale, économique, culturelle…
Le journalisme sportif de presse écrite est à la croisée des chemins. La recomposition du paysage médiatique marqué par Internet et le développement du webjournalisme laisse sans doute entrevoir des perspectives nouvelles, notamment à travers l’usage du commentaire sportif rédigé en live et de l’échange d’avis avec les internautes. Mais c’est là une forme d’information dont l’avenir est encore incertain.
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