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Des échos mondains à la presse people

Par Daniel Salles

La presse people brasse beaucoup d’argent et utilise des méthodes contestables.

Des méthodes contestables

Avec la complicité d’opérateurs, certains journalistes pillent les e-mails et les boîtes vocales des stars, des vedettes sont mises sur écoute (en Angleterre particulièrement), les indicateurs sont payés avec des caisses noires…
Les exemples ne manquent pas… Daniel Ducruet, ex-mari de Stéphanie de Monaco, est tombé dans un piège tendu par des paparazzi pour le prendre en photo dans des situations compromettantes. La photo volée de François Mitterrand sur son lit de mort a été prise par un proche de la famille pour le compte d'une agence de presse people. Des clichés dégradants réalisés par des aides-soignants dans un service de réanimation hospitalier ont été proposés à un magazine à sensation. Des photos ont été prises en prison à l'insu du chanteur Bertrand Cantat. Aux États-Unis, ceux qui traquent les stars n'hésitent pas à provoquer des accidents pour faire des photos.
Les risques sont calculés par les publications : elles évaluent le prix à payer pour les scoops, les dommages et intérêts à verser aux stars qui porteront plainte1, et enfin les bénéfices des énormes ventes qu'elles peuvent espérer.
Mais toutes les photos ne sont pas volées : des personnalités préfèrent parfois traiter directement avec les magazines et contrôler ainsi les reportages qui les concernent. C'est ainsi qu'un paravent géant a été installé devant le portail d'honneur de l'église Saint-Germain L'Auxerrois à Paris à l'occasion du mariage religieux de Tony Parker et Eva Longoria, afin de priver le public et la presse de toute visibilité. Car l'exclusivité du mariage civil et religieux du basketteur français et de l'actrice américaine avait été vendue par le couple au magazine people OK ! et ses sept éditions mondiales pour 2 millions de dollars.
Il existe aussi de fausses photos volées : des vedettes font leur promotion avec la complicité du magazine en mettant une histoire en scène pour faire croire à une « paparazzade ». Les photos, volontairement floues et mal cadrées, semblent avoir été prises à l'insu des vedettes, et donnent au lecteur l'illusion d'entrer par effraction dans leur intimité.
Dans son ouvrage Le Carnaval des hypocrites (Seuil, 1997) Albert du Roy dénonce l'hypocrisie des journaux, de la justice, d'une partie des victimes... En effet, certains traînent un journal devant les tribunaux pour obtenir des dommages et intérêts, libres d'impôt, et, dans le même temps, posent pour un autre. "Ce n'est pas leur intimité que les vedettes défendent mais leur image", explique Albert du Roy2.

Les paparazzi ou les "méchants" de la profession

Le mot paparazzo (paparazzi au pluriel) a été inventé par le réalisateur italien Federico Fellini en 1959, lors du tournage du film La Dolce Vita. Dans le film, Paparazzo est le nom d'un personnage, un photographe toujours en chasse d'images des stars, sur le modèle d'un célèbre "voleur d'images" de l'époque. Certains pensent que ce mot trouve son origine dans le patronyme d'un camarade de classe insolent et agressif du cinéaste, d'autres que Fellini aurait créé le néologisme à partir des mots italiens papatacci qui désigne un type de moustique agaçant et razzo, l'éclair. Le mot désigne un photographe voleur d'images qui traque les vedettes pour obtenir d'elles des photos prises en cachette avec de puissants téléobjectifs, d'où un certain nombre de caractéristiques formelles de ces photos : flou, profondeur de champ aplatie, gros grain, obstacles naturels occupant une bonne partie de la photo, gros plans…
Il existe des agences spécialisées dans la traque des vedettes (Elliot Press, Angeli ou Sphinx en France) qui emploient beaucoup de pigistes ou de photographes indépendants.

« En France, il s'agit plutôt de jeunes, entre vingt et trente ans, avec un profil de fouineur. Ce sont des gens souvent assez astucieux et intéressants à écouter, quoi que l'on pense de ce qu'ils font. Quand on leur demande pourquoi ils exercent cette profession, ils répondent que c'est parce qu'il y a une demande des journaux, et que l'on gagne de l'argent. Toute une série de photographes mettent en avant, en plus, des éléments d'enquête, c'est-à-dire le fait qu'un bon paparazzi, c'est quelqu'un qui fait de l'investigation, ce qui s'apparente à une enquête de police. Ils mènent d'ailleurs de grands discours passionnants sur ce qu'est un bon sujet en images paparazzi. Un bon sujet paparazzi est, selon eux, “quelque chose qui raconte une histoire”. C'est hallucinant quand ils expliquent les moyens mis en œuvre, leur carnet d'adresses, leurs liens dans tous les hôtels, chez les policiers, dans des agences de voyage ou des compagnies de taxi. Il y a un très gros travail de préparation.

Un autre problème est celui de connaître la véracité de l'image et de définir une éthique. Pour eux, l'éthique, ce n'est pas de savoir si on peut ou pas faire certaines choses, mais de donner une image beaucoup plus réelle que toutes les images que l'on peut voir dans les autres journaux. Ils disent qu'ils sont les derniers défenseurs d'une image qui n'est pas officielle. Dans les trois-quarts des images que l'on voit dans les journaux, la personnalité a souvent choisi le photographe, le journal où les photos vont être publiées, et elle va parfois même faire le choix des images, ou choisir les titres qui vont l'accompagner, les légendes, elle va détruire les photos qu'elle ne veut pas, demander un intéressement sur les ventes... » Michel Guerrin, extrait du débat "Tous paparazzi ?", in Les Cahiers du journalisme, n°4, Janvier 1998.


Harcèlement, filature, contrôle permanent, voyeurisme, (la “traque”, la “planque”, la “courette” caractérisent de manière emblématique le paparazzo), sont mis en œuvre pour n'obtenir finalement que des photographies représentant des scènes banales de la vie privée. Mais les photos qu'ils obtiennent sont vendues à la presse people à des prix qui peuvent atteindre des sommets (350 000 francs pour la photo de Mazarine avec Mitterrand, entre 20 000 et 25 000 euros pour une série de photos de Laure Manaudou avec Luca Marin, 40 000 euros pour les photos du mariage de Patrick Bruel).
Dans les années 70, Jackie Onassis fut leur cible, puis les Grimaldi, et enfin la famille royale d'Angleterre. Les événements dans lesquels étaient impliqués des paparazzi se sont multipliés en France à la fin des années 90 : photo de la fille de François Mitterrand, portrait de l'ancien président sur son lit de mort, plainte d'un paparazzo contre Patrick Poivre d'Arvor qui l'aurait séquestré et frappé…

La mort de Diana, poursuivie sans relâche par des photographes (ce que l'on appelle une "courette" dans le métier), suivie de l'arrestation de neuf photographes au rang desquels Jacques Langevin, photojournaliste d'actualité de permanence chez Sygma, a suscité une profonde émotion en raison de l'amalgame qui a été fait autour de toute la profession. Le photojournaliste héroïque dont la mission consistait à montrer à la face du monde sa misère est devenu un paparazzo irresponsable…

Photos bradées, prix cassés !

Si les photos people, qui assuraient des tirages records, ont longtemps été payées au prix fort, les magazines tendent aujourd'hui à casser les prix des reportages pour faire face à la concurrence : des clichés qui valaient 15 000 euros il y a encore cinq ans se monnaient actuellement 5 000 euros, tandis que les photos ordinaires sont bradées par les agences Getty Images et Corbis Images. C'est ainsi que, selon l'Express1 , le groupe Prisma Presse, éditeur, entre autres titres, de Gala, Voici et VSD, a adressé à l'ensemble des agences photo un nouveau protocole commercial, précisant que les prix sont désormais divisés par deux et exigeant l'exclusivité – absolue et définitive ! – du cliché acheté.
Menacés financièrement, les paparazzi le sont également par la concurrence croissante des particuliers, qui, équipés d'un simple téléphone avec appareil photo ou caméra, peuvent réussir à tout moment LA photo d'une vedette en vue, et la proposer aux journaux ou aux sites people.
 

1. L’article 9 du code civil dispose que « chacun a droit au respect de sa vie privé » a été renforcé par une loi du 17 juillet 1970. C’est sur ses fondements juridiques que reposent les actions en justice pour atteintes au respect de la vie privée et au droit à l’image. La Cour de cassation a d’ailleurs affirmé par un arrêt du 13 janvier 1998 que « selon l’article 9 du Code civil, chacun a le droit de s’opposer à la reproduction de son image ».
2. Pour aller plus loin : Ce que les procès avec la presse ont rapporté aux stars en 2006

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