La caricature et la censure

Le Déménagement de la Censure

Le Miroir
Eugène Delacroix, 1822.
Lithographie
BnF, estampes et photographies, RESERVE DC-183N (2)-FOL
© BnF
Si La Silhouette impose l'illustration et la caricature dans la presse des années 1830, d'autres publications avaient déjà ouvert cette voie dans les années qui précèdent. C'est le cas du Miroir, auquel collabore le jeune Delacroix, mais aussi des Actes des apôtres (1789-1792) contre-révolutionnaires, du Nain jaune bonapartiste (1815), ou des royalistes Annales du ridicule ou Scènes et caricatures parisiennes (1815).
En 1822, en même temps que le gouvernement abolit ostensiblement la censure et les différents comités surveillant théâtres, livres et périodiques, il vote en mars une loi très restrictive sur la presse.
Peut-être ironiquement, Delacroix représente ici la censure chassée de son domicile (un panneau « maison à louer » y est déjà suspendu). Tandis que s’échappe une nuée de ciseaux ailés (le symbole de la censure par excellence), les censeurs quittent leurs bureaux désormais inutiles de la rue des Saint Pères. On reconnaît ainsi Mazure (3), auteur de manuels d’instruction, représenté en vieille maison (« masure »), l’abbé Picon d’Andrezel (5), inspecteur général de l’Université, l’académicien Rousselle (6), le poète Vieillard (7), censeur littéraire, et enfin Jacques Honoré de Lourdoueix, journaliste à La Gazette de France et président du bureau de censure de Paris.