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Jean Béraud (Saint-Pétersbourg 1849 Ñ Paris 1936)
Le Salon de la Comtesse Potocka, 1887
Huile sur toile, 66 x 86, SDbd : Jean Béraud 1887
Paris, musée Carnavalet, Inv. P.1653 (don des Amis et Admirateurs de Jean Béraud, 1935)
Fils de sculpteur, élève de Léon Bonnat, membre de la Société des Pastellistes franÇais et de la Société Nationale des Beaux-Arts, primé aux Salons de 1882 et 1887, Jean Béraud fut un peintre éminemment mondain, auteur de "petits tableaux familiers de la vie parisienne, exécutés avec beaucoup de verve et d'imagination" - note l'historien Gustave Schlumberger dans Mes Mémoires (cité dans Jean Béraud. La Vie parisienne vers 1900, Musée du château de Vitré, 15 avril-15 mai 1978, p. 12). Ce tableau représente la comtesse Potocka, née Emanuela Pignatelli (1852-1930), dans sa demeure parisienne de l'avenue de Friedland, seule femme entourée de figures masculines, parmi lesquels on reconnaît les peintres Gervex, Detaille, et Jean Béraud lui-même. Un chien trône au centre de la composition, tout comme des chiens dominent Le Salon de la comtesse Potocka, texte de Marcel Proust publié dans le Figaro le 13 mai 1904 : sous le pseudonyme d'Horatio, Marcel Proust y décrit la comtesse dans son salon à Auteuil, où elle s'était installée en 1901 depuis sa séparation d'avec le comte Potocki, recherchant "l'exil affectif" (CSB, 490) entourée des "pauvres chiens boiteux qu'elle recueille" (ibid., 491) qui "faisaient trop de bruit à Paris et gênaient les voisins" (ibid.) - et qui, dit-on, finirent par la dévorer. A la compagnie des chiens s'ajoutait celle des habitués de son salon, parmi lesquels Proust cite Gabriel de la Rochefoucauld, Reynaldo Hahn et Montesquiou. En mêlant des références à Balzac, Stendhal et Saint-Simon, Proust dessine un portrait assez flatteur de la maîtresse de maison, "bien séduisante avec sa beauté antique, sa majesté romaine, sa grâce florentine, sa politesse française et son esprit parisien" (CSB, 494). C'est dans ce même texte que Proust exalte "la gloire, le talent, le prestige, le charme, le cœur, l'esprit" (CSB, 492) de Jean Béraud, qui fut, avec Gustave de Borda, le témoin de Marcel Proust lorsqu'en février 1897 celui-ci provoqua en duel l'écrivain Jean Lorrain.