patience...
 


Claude Oscar Monet (1840 - 1926)
Bras de Seine près de Giverny, 1897
Huile sur toile, 75 x 92,5, SDbd : Claude Monet 97
Paris, musée d'Orsay, R.F. 2003
C'est une version voisine de cette toile, plus brumeuse, Bras de Seine, près Giverny, soleil levant (Wildenstein 1478), que Proust put voir chez les Straus, et qu'il évoqua dans une lettre du 8 octobre 1907 à Geneviève Straus : le "beau coude de rivière qui a la chance de vous voir, à travers sa brume, dans votre salon." Mais les deux toiles figuraient à l'exposition Claude Monet de la galerie Georges Petit, en 1898. Dans la même série, Charles Ephrussi possédait aussi une Matinée sur la Seine, près Giverny (Wildenstein 1483). Il s'agit là d'un des Monet qui constituent la source de l'œuvre d'Elstir, dans sa période impressionniste, un "miroir magique" (CSB, p.675) dont la beauté idéale, en l'absence de toute figure humaine, fait éprouver le désir d'aller voir le paysage réel pour le voir comme le peintre l'a vu. Son évocation la plus précise se trouve dans Jean Santeuil, parmi les Monet de l'hôtel de Réveillon : "Quand, le soleil perçant déjà, la rivière dort encore dans les songes du brouillard, nous ne la voyons pas plus qu'elle ne se voit elle-même. Ici c'est déjà la rivière, mais là la vue est arrêtée, on ne voit plus rien que le néant, une brume qui empêche qu'on ne voie plus loin. A cet endroit de la toile, peindre ni ce qu'on voit parce qu'on ne voit plus rien, ni ce qu'on ne voit pas puisqu'on ne doit peindre que ce qu'on voit, mais peindre qu'on ne voit pas, que la défaillance de l'œil qui ne peut pas voguer sur le brouillard lui soit infligée sur la toile comme sur la rivière, c'est bien beau." (JS, p.896) Explication au scalpel qui rend admirablement compte du génie visuel et pictural de Claude Monet - et qui témoigne de l'acuité de l'analyse proustienne.