patience...
 


Histoire de Geneviève de Brabant, en douze scènes
Série de six plaques de lanterne magique, Report lithographique colorié, 28 x 7 cm
Illiers-Combray, Musée Marcel Proust
L'histoire de Geneviève de Brabant semble être celle qui, à côté de Barbe-bleue, a le plus frappé l'imagination de l'enfant. Les "petites planches de verres de couleurs si mystiques" (JS, 317) qui se glissaient dans la lanterne évoquaient en douze scènes cette légende médiévale : les malheurs de Geneviève abandonnée par son époux, le seigneur Siffroy ; Geneviève en proie aux assauts de l'affreux Golo ; Geneviève vivant avec son enfant dans la forêt auprès d'une biche nourricière ; Geneviève retrouvée enfin par Siffroy et ramenée au château où elle meurt d'épuisement. Les évocations de Proust insistent sur les aplats colorés qui caractérisent l'imagerie et sur la mise en mouvement de l'image : "Au pas saccadé de son cheval, Golo, plein d'un affreux dessein, sortait de la petite forêt triangulaire qui voûtait d'un vert sombre la pente d'une colline, et s'avançait en tressautant vers le château de la pauvre Geneviève de Brabant. Ce château était coupé selon une ligne courbe qui n'était autre que la limite d'un des ovales de verres ménagés dans le châssis qu'on glissait entre les coulisses de la lanterne. Ce n'était qu'un pan de château, et il avait devant lui une lande où rêvait Geneviève, qui portait une ceinture bleue. Le château et la lande étaient jaunes..." (RTP, I, 9). Cette scène pourtant décrite avec précision ne correspond à aucune des plaques retrouvées ; de même l'allusion au mouvement renvoie-t-elle davantage aux projections du kinétoscope inventé par Edison en 1894, qu'à celles de la lanterne magique. Les réminiscences imagées de l'enfance sont souvent teintées des connaissances ou de l'imagination du romancier adulte.