patience...
 


Charles Marville (1816?-1879)
Sculptures du portail latéral de la Cathédrale d'Amiens (la Vierge dorée), 1853
Photographie, 25,5 x 35 cm
Paris, BnF, Département des Estampes et de la Photographie, Eo 6 fol., t. 4
Si la cathédrale gothique synthétise pour Proust le génie de la France, celle d'Amiens, est sans aucun doute, sous l'influence de la Bible d'Amiens de Ruskin, au sommet de l'échelle sentimentale et esthétique de Proust. Le 1er avril 1900, il faisait paraître dans le Mercure de France, un article intitulé "Ruskin à Notre-Dame d'Amiens" qui n'est autre qu'une invitation aux lecteurs à effectuer un "pèlerinage ruskinien" d'une journée à Amiens. Après avoir décrit les chemins qui mènent à la cathédrale, Proust s'attarde au portail sud au milieu duquel la Vierge dorée "tend sa main accueillante". La Madone séduit Proust par "sa parure exquise et simple d'aubépines [...] encore en fleur" et surtout par "son sourire de maîtresse de maison céleste" qui en fait une "œuvre d'art individuelle". Proust ne fit lui-même le pèlerinage à Amiens qu'après la rédaction de l'article du Mercure, le 7 septembre 1901, jour où il se rendit également à Abbeville. Sa description repose donc sur sa connaissance du texte de Ruskin, mais aussi sur celle de L'Art religieux du XIIIe siècle en France d'Emile Mâle dans lequel la Vierge dorée est reproduite. Dans le même article, Proust précise qu'il a dans sa chambre une photographie de la Joconde et une de la Vierge Dorée : "Dans ma chambre une photographie de La Joconde garde seulement la beauté d'un chef-d'œuvre. Près d'elle une photographie de la Vierge dorée prend la mélancolie d'un souvenir."