L’estampe suivante de la série de la Passion est La Mise au tombeau. Dans celle-ci, Rembrandt prête une attention toute particulière au traitement pictural. À partir du deuxième état, il couvre toute la planche d’une très fine trame de lignes, mais, pour parvenir à représenter avec plus de liberté, plus de variété et plus d’aisance l’obscurité presque totale de la grotte, il laisse sur la planche une couche d’encre qui, selon la façon dont il l’essuie, donne une image différente à chaque tirage. Toutes ces épreuves sont impressionnantes, toutes réussissent à transmettre une profonde sensation de tristesse et de silence. Le noir est si intense que, dans la majorité des cas, ce n’est que grâce à l’éclat d’une légèreté aérienne qui émane de la dépouille du Christ et s’estompe peu à peu, que l’on peut entrevoir les figures qui l’entourent. Rembrandt a réussi à évoquer, sur une feuille de papier de petite dimension, imprimée en noir et blanc, toute la détresse du monde : voilà pourquoi on le considère comme un génie.
Elena Santiago Páez
Traduction par Marie-Odile Fortier-Masek