Dans le 1
er état, le visage
décentré se détache sur un large espace blanc. La liberté
de création de Rembrandt apparaît dans cette mise en page,
très audacieuse pour l'époque, dans la hardiesse du traitement
de l'espace. Certains historiens ont supposé que l'artiste, après
avoir projeté de réaliser un autoportrait en buste, comme
il l'avait fait pour
Rembrandt
au manteau brodé, y avait renoncé, satisfait du visage
seul. C'est très probable. Cependant les quelques épreuves
imprimées ont dû choquer, puisqu'une seule nous est parvenue
entière. Les autres ont été découpées
par les amateurs, pour ne conserver que la tête. Et l'artiste fit
de même dès le 2
e état, découpant
la plaque et faisant un gros plan du visage, sans même esquisser un
vêtement.
Rembrandt semble maîtriser tout à fait maintenant la représentation
de son visage, éclairé depuis la droite. Il n'y a aucune hésitation
dans le tracé objectif des traits essentiels, notamment le nez épaté
et son ombre portée, la moustache, le pli vertical près du
sourcil gauche, les cheveux ondulés et en désordre. La sobriété
de la gravure, la légèreté des tailles, le modelé
sans contour précis, l'expression de concentration intense situent
ce visage entre l'autoportrait et la tête d'expression privilégiée
aux états suivants, où des tentatives de changement d'expression
seront expérimentés. L'historien Münz pense que seul
le 1
er état serait de Rembrandt. Il est
certain qu'à partir du 4
e état,
sa manière ne se retrouve pas. C'est l'un des exemples de la fortune
critique des cuivres de l'artiste.
G. L.