Le buste a été complété
; l'éclairage provient de la droite. Signée et datée
à nouveau en bas au centre RL 1630. La signature antérieure
est encore distincte.
BNF, Estampes, Rés. Cb-13a
Rembrandt poursuit sans cesse son étude du visage
humain et des effets de la lumière sur celui-ci. C'est ici son père,
Harmen Gerritszoon van Rijn, qui lui sert de modèle. Très
âgé (il mourra peu après), cette estampe nous le montre
tête nue et l'on voit qu'il est presque totalement chauve. Dans d'autres
estampes, gravées au cours de ces mêmes années 1630-1631,
Rembrandt le représente coiffé de divers types de bonnets,
en drap ou en fourrure, de hauteur variable. Ce sont des études réalisées
sous différents angles, dans lesquelles la tête pivote, allant
du profil total jusqu'à une
position
frontale.
Au 1
er état, le haut de la tête
du vieillard se détache nettement sur le fond blanc du papier grâce
à un tracé d'une extrême finesse, modulé avec
une incroyable maîtrise. Cette ligne, ainsi que les points et les
tailles minuscules dont il se sert pour modeler le crâne et le front,
montrent à quel degré de maîtrise technique Rembrandt
était déjà parvenu, puisqu'il était capable
de représenter n'importe quel sujet avec le plus haut degré
d'expressivité et de subtilité. Une source de clarté
provenant du coin supérieur droit éclaire puissamment le front
et la partie antérieure de la pommette ; elle souligne la forme de
l'oreille, dessinée avec soin jusqu'à en faire un élément
fondamental du visage dont le bas, couvert par une barbe taillée,
est modelé avec grande minutie et posé avec fermeté
sur un corps à peine esquissé. Rembrandt a réussi à
mettre dans l'oil de son père, bien que vu de profil, une grande
expressivité qui reflète la tristesse d'un vieil homme perdu
dans ses pensées, enfermé dans un monde qui ne se compose
déjà plus que de souvenirs.
Au 2
e état, l'artiste a gravé
le buste, d'une grandeur disproportionnée par rapport à la
tête. Le vieil homme a les épaules couvertes d'un manteau aux
manches de fourrure et porte ce qu'on devine être une belle chaîne
avec un médaillon central. Très blanche, la chemise dont le
col pointe sous le manteau crée une tache vive sous le menton. L'image
ne dut pas convaincre Rembrandt car, au 3
e état,
il coupa la planche, la réduisant à un quart de sa surface
; il obscurcit la tête par-derrière, ainsi que la zone blanche
du cou, et il grava un fond dans la partie supérieure afin de concentrer
le regard sur le visage impressionnant du vieillard.
Cette estampe est très proche de deux autres : une ayant le même
titre et dans laquelle la composition est fort ressemblante, bien que la
tête soit un peu plus inclinée, et une autre comportant trois
études de tête d'un vieillard de profil, au dessin plus rapide,
simplement ébauché.
E. S. P.