La Fuite en Égypte, effet nocturne
Signé et daté Rembrandt f. 1651
(le chiffre 6 à rebours)
Eau-forte, burin et pointe sèche
Six états
1er état
La main droite de Joseph n'est pas ombrée, elle
le sera au 2e état ainsi qu'une partie
de la tête de l'âne.
BNF, Estampes, Rés. Cb-13a
"Quand ils se furent retirés, voici que l'Ange
du Seigneur apparaît en songe à Joseph et dit : "Lève-toi,
prends avec toi l'enfant et sa mère, et fuis en Égypte [.]
car Hérode va rechercher l'enfant pour le faire périr." Lui,
se levant, prit avec lui l'enfant et sa mère, de nuit, et se retira
en Égypte."
(Matthieu, II, 13-14.)
Rembrandt fut très sensible à ce thème tout au long de sa carrière. Il y consacra huit estampes de 1627 à 1654, dont cinq sur le cheminement des fugitifs et trois sur la halte au cours du trajet, selon l'iconographie traditionnelle. L'interprétation stylistique et technique est très variée. Elle traduit non seulement l'évolution de l'artiste à travers un même thème mais aussi sa surprenante créativité : eau-forte légère au trait, semblable à un dessin à la plume ou à la pointe d'argent, plus élaborée avec des recherches d'effets lumineux, scènes nocturnes aux techniques mêlées, et même modifications d'une planche d'Hercule Seghers (1589-1590 - ca 1638), artiste admiré par Rembrandt, toutes les manières exploitées par l'artiste et même l'un de ses tout premiers essais alors qu'il était âgé de vingt-deux ans apparaissent dans les estampes traitant ce thème.
Dans cette Fuite en Égypte nocturne qui s'accompagne des reflets
vacillants d'une lanterne et d'un pâle clair de lune, Rembrandt traduit
par une succession d'états la progression de la nuit et de son oppressante
obscurité pour cette famille de fugitifs. Le clair de lune qui les
éclairait faiblement au début en se glissant entre d'obscurs
nuages s'estompe peu à peu. La lanterne que tient Joseph tout en
tirant l'âne par la bride ne projette plus qu'une faible clarté
sur Joseph, la tête de l'âne et le voile de la Vierge sous lequel
se devine l'Enfant. Le ciel s'est totalement assombri, il se confond avec
les arbres et les personnages se distinguent à peine dans l'ombre
d'une opacité de plus en plus angoissante. La subtilité des
personnages et des contours de l'âne esquissés par la lumière
ne s'apprécient pleinement que dans les premières impressions
comme celles-ci.
G. L.