La Mise au tombeau
Eau-forte, pointe sèche et burin. 211 x 161 mm
Quatre états
4e état
Des tailles obliques qui arrivent jusqu'en haut de la plaque ont été tracées du côté droit. Une des têtes de mort a été effacée.
BNF, Estampes, Rés. Cb-13a
Série Scènes de la vie du Christ,
1654
Les différentes épreuves de cette Mise au tombeau sont très représentatives
du travail de Rembrandt au milieu des années 1650 : elles témoignent
de son intérêt pour l'expérimentation et l'exploitation
maximale des différentes techniques de gravure, et des innombrables
possibilités d'obtenir des images différentes à partir
d'une même plaque selon l'encrage et le lavage. Enfin, sa compétence
dans le choix, pour l'impression, des différents types de supports,
y compris le parchemin, lui permet d'arriver à ce qu'une image paraisse
unique par les effets de lumière et d'ombre, de chaleur des tons
ou de brillance de l'image. Déjà en 1752, Gersaint avait noté
que cette estampe présentait un intérêt majeur en raison
de la variété de ses tirages.
Dans l'inventaire de Clément de Jonghe, on la cite sous l'intitulé
L'Inhumation des morts selon l'Ancien Testament. La scène
se passe à l'intérieur d'une énorme grotte où
des hommes sont sur le point de déposer le corps du Christ dans une
fosse très profonde et béante, avec l'aide d'un autre, descendu
dans la fosse, qui le soutient par en-dessous. À leurs pieds, Joseph
d'Arimathie et la Vierge Marie contemplent avec tristesse l'ensevelissement.
Une figure vue de dos ferme la composition ; dans quelques exemplaires,
cette figure semble tenir une lampe pour éclairer la scène.
L'estampe a une force et une sobriété saisissantes.
La composition ne peut s'apprécier qu'au 1er état
de la plaque, gravé à l'eau-forte car, à partir du
2e état, Rembrandt non seulement la
recouvre d'un entrelacement de hachures d'une extrême finesse afin
d'obtenir l'effet de clair-obscur, mais il commence ses expérimentations
d'encrage, cachant parfois presque entièrement toutes les figures,
les rendant très difficiles à distinguer.
Cet ensemble d'épreuves permet d'apprécier
la variété d'images que Rembrandt obtenait en encrant la plaque
de manière différente dans chaque cas. Celle du 1er état,
gravée uniquement à l'eau-forte et tirée sur papier
chine, montre la composition, claire et simple, et la façon dont
l'artiste construisait la structure des formes à partir de lignes,
pour la plupart parallèles, groupées afin de créer
des taches de couleur. Dans cette image, on apprécie l'extraordinaire
aisance avec laquelle le corps du Christ est dessiné.
Dans l'épreuve sur parchemin doré du 2e état
de la plaque, Rembrandt réussit à concrétiser toute
la douleur et le silence qui entourent un enterrement. La scène se
passe dans une obscurité presque totale ; l'encre laissée
sur la plaque a imprégné le parchemin, donnant une image très
obscure, terriblement triste ; le corps du Christ resplendit faiblement,
comme s'il s'éteignait, et sa lumière parvient à peine
jusqu'aux personnages qui l'accompagnent.
Au 3e état, sur papier européen,
Rembrandt a également créé une image en pénombre,
en ayant recours au retroussage. Il n'y a pas de source de lumière
identifiable, mais le corps du Christ et ceux des autres personnages, y
compris celui qui est dans la tombe pour soutenir le corps, sont visibles
grâce à une lumière provenant sans doute d'une lampe
que porte le personnage de dos, au premier plan. Une autre légère
clarté, que l'on aperçoit par-derrière des arcs, au-delà
des formes obscures, semi-circulaires, des têtes de mort, rompt la
monotonie du fond.
L'épreuve du 4e état est très
différente des précédentes. Une source de clarté
qui provient de la partie inférieure du Christ illumine toutes les
figures qui l'entourent et permet de voir la forme de la grotte. Il s'agit
là d'une épreuve dans laquelle Rembrandt a recherché
de forts contrastes entre le blanc du papier et le noir de l'encre.
Selon White, L'Ensevelissement est sans doute inspiré d'un
dessin du Caravage, dont Rembrandt fit une copie, conservée au Teylers
Museum de Harlem ; Ackley croit cependant qu'il s'est inspiré du
dessin de Perino dal Vaga qui se trouve au Fogg Art Museum, Harvard University.
Le dessin de Rembrandt qui est à l'origine de cette gravure se trouve
actuellement à Berlin.
E. S. P.