Le Lit à la française ou "Ledikant"
Signé et daté Rembrandt. f. 1646 (le 6 à rebours)
Eau-forte, burin et pointe sèche. 126 x 225 mm au 4e état et 120 x 183 mm au 5e état
Cinq états
4e état
Le cuivre qui mesurait 150 x 224 mm au 1er état a été réduit au 2e état et ne mesure plus que 125 x 224 mm. Au 3e état, les tailles sur la manche droite ont été effacées au brunissoir et dessinées à nouveau. Au 4e état, le tapis de la petite table à la tête du lit est ombré de diagonales
BNF, Estampes, Rés. Cb-13a
Gersaint écrit : "Un sujet libre, appellé en Hollande Ledikant, ce qui veut dire le Lit à la Françoise. En effet, on y voit un lit dans la forme de ceux que nous nommons lits en tombeau." Plus loin, évoquant la suppression de la signature, il qualifie le sujet d'"indécent" et pense que "le remords causé par une réflexion trop tardive" a incité Rembrandt à réduire le cuivre pour le rendre anonyme. Déjà au XVIIIe siècle, la gravure était devenue rare.
Ces sujets étaient très prisés par les artistes hollandais de l'époque et de nombreuses gravures les représentant provenaient d'Italie. Rembrandt possédait dans sa collection d'estampes un album de pièces érotiques de Raphaël, Rosso, Carracci et Bonasone. Les séries les plus connues étaient les "Postures" ou Modi (1524) de Marcantonio Raimondi et les Lascivie (ca 1590-1595) d'Agostino Carrachi. Mais toutes ces estampes qui mettent en scène des dieux, des nymphes et des satyres sont éloignées de la représentation très réaliste qu'en fit Rembrandt. En effet, les personnages sont vêtus et non pas nus comme les héros et les dieux des estampes italiennes. Peut-être sont-ils cependant plus choquants à l'époque pour le public parce qu'il n'y a pas transposition de la réalité et qu'il s'agit d'une scène galante contemporaine. De plus, Rembrandt, souhaitant sans doute suggérer les variations de mouvements, a modifié la position de la femme en négligeant volontairement d'effacer un bras gravé antérieurement et nettement visible. Il jugeait ce geste décomposé plus suggestif qu'un autre état. Selon certains catalographes, il y aurait même quatre bras. D'autres rectifications moins significatives ont été apportées aussi sur la jambe gauche.
Par un jeu d'ombre et de lumière, mêlant les trois techniques, l'artiste privilégie l'intimité du couple qu'il dévoile au spectateur. Les lourds rideaux sombres sont largement ouverts vers l'extérieur et le lit baigné d'une douce lumière atténuée par des tailles de pointe sèche. La couche moelleuse, les coussins, la coiffe à plume de l'homme posée sur un montant du lit enveloppent le couple d'une grande sensualité. Une expression de satisfaction est nettement visible sur le visage de la femme. Le reste de la pièce, dans la pénombre, est vide. Seule une petite table, près du lit, sur laquelle un verre est posé évoque les prémices de cette rencontre. En réduisant l'espace au 5e état, Rembrandt accentue l'intimité et la sensualité de la scène. Il concentre l'attention sur le couple enveloppé par un jeu d'étoffes moelleuses et souples.
G. L.
 
 
 
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