Albrecht Dürer. Nuremberg, 1471-1528.
Trois têtes d'enfants
Vers 1506
Pinceau et encre de chine sur papier bleu. Rehauts de blanc à la gouache. Fond uni de bistre sombre. 218 x 379 mm.
Monogramme de l'artiste.
Filigrane italien : chapeau de cardinal.
Paris, BNF, Estampes, Rés. B 13

Ce dessin, daté de 1506, représentant trois têtes d'enfants en bas âge, servit sans doute d'étude préparatoire pour les chérubins figurant sur deux tableaux peints par Dürer pendant son second séjour à Venise : la Fête du rosaire (Prague, Galerie Narodni) et la Madone au serin (Berlin-Dalhem, Gemäldegalerie), tous deux de 1506.
Dürer utilise, pour ces Trois têtes d'enfants, une technique influencée par les artistes vénitiens qu'il fréquentait alors : il dessine au pinceau et à l'encre de chine sur un papier bleu, avec des rehauts de blanc à la gouache. En revanche, on reconnaît son style particulier : les coups de pinceau très légers qu'il applique forment des traits parallèles ou croisés, notamment sur les crânes des enfants. Ces hachures, rappelant son art parfaitement maîtrisé de graveur pratiquant des tailles au burin, sont un trait spécifique de Dürer. La façon d'exagérer le volume des crânes des enfants en bas âge est aussi caractéristique de son art. Ils apparaissent ici enflés, énormes, comme atteints d'hydrocéphalie. Dürer a pu également dessiner des nouveau-nés, auquel cas il fait preuve d'un grand sens de l'observation en respectant les proportions de leur crâne : leur front immense représente les trois quarts du visage au lieu de la moitié chez l'adulte. On peut discerner autour du crâne du bébé central, sous l'encre de chine, des traces de gouache blanche : sa tête était encore plus grosse à l'origine. Ces crânes lourds et ronds font pencher la tête des enfants, de côté pour celui du milieu, en arrière pour celui de droite. Bien qu'il s'agisse d'études pour des chérubins, l'expression triste, et même grimaçante pour l'un d'entre eux, s'oppose à la physionomie habituellement souriante, ou du moins paisible et sereine, des angelots. On voit ici les limites de l'influence des maîtres de l'école vénitienne sur Dürer.