Charles Errard. Nantes, vers 1603-Rome, 1689
Vase avec couvercle, orné d'un satyre et d'une bacchante dansant
Vers 1630
Plume et encre rouge. 325 x 218 mm.
Paris, BNF, Estampes, Res. Aa 53 fol., feuillets 2 à 15

Charles Errard l'Ancien (1570-vers 1630), peintre du roi, graveur et architecte, travailla pour Louis XIII, en qualité de commissaire architecte des fortifications de Bretagne, et pour Marie de Médicis, participant à la décoration du palais du Luxembourg, avant de se rendre à Rome en compagnie de son fils Charles Errard de Bressuire (vers 1603-1689). Ce dernier, peintre, dessinateur et graveur, partagea sa carrière entre Paris et Rome. Il fut, en 1648, l'un des fondateurs de l'Académie de peinture, dont il devint directeur en 1657 ; il fut aussi le premier directeur de l'Académie de France à Rome de 1666 à 1683. Elève de son père, il effectua avec lui plusieurs séjours à Rome, d'abord à l'âge de 18 ans, puis en 1627. Il y reçut une sérieuse formation, étudiant les antiques et acquérant une réputation d'excellent dessinateur. Durant leur séjour à la fin des années 1620 dans la Ville éternelle, ils dessinèrent des monuments antiques, statues, ornements et bas-reliefs, notamment ceux de la colonne Trajane. C'est sans doute à cette période que Charles Errard exécuta à Rome, d'après nature, cette série de douze dessins de vases antiques qui ornaient les jardins romains. Ces dessins très finement exécutés furent gravés par Fournier et publiés en 1651 sous le titre : Recueil de vases antiques, par Charles Errard, peintre du roi. Ces estampes, bien qu'en sens inverse, sont fidèles aux dessins, dont elles reproduisent même les jeux d'ombre et de lumière.
Bien que ces dessins, provenant de la collection Peiresc, datent du premier tiers du XVIIe siècle, ils se rattachent à cette tradition du voyage humaniste en Italie : les artistes recevaient à Rome une formation classique et puisaient dans l'Antiquité leurs sources d'inspiration. Peiresc, qui entreprit en 1632 des recherches sur les mesures antiques, intégra cette série de Charles Errard dans sa collection de dessins de vases. D'après des recherches récentes, ces dessins sont attribués plutôt à Charles Errard fils qu'au père.
Les dessins exposés provenant de cette série représentent des vases antiques décorés de motifs en rapport avec le vin et la vigne. Chacun de ces vases est orné de scènes empruntées au culte de Bacchus. La représentation du dieu du vin et de son cortège était un thème privilégié des vases à boire grecs et romains. Sur l'un de ces vases, des Amours ailés cueillent des grappes de raisin qu'ils disposent dans une cuve, où la vendange sera pressée ; sur un autre, Bacchus enfant apparaît au milieu des vignes qu'il a offertes aux hommes ; sur le troisième vase, un satyre, portant sur l'épaule une peau de panthère, attribut dionysiaque, et une bacchante, échevelée, à moitié dénudée, vêtue d'un voile léger qui semble flotter dans l'air, font résonner des cymbales et dansent frénétiquement sous des guirlandes et des mascarons grimaçants. Il s'agit de l'espèce de transe ou de délire mystique qui s'empare, sous l'effet du vin, lors des orgies bachiques, des faunes, satyres, nymphes et prêtresses du cortège de Bacchus.
Ces vases de grande dimension agrémentaient alors les jardins de Rome ou des environs, comme l'atteste l'inscription figurant sur les gravures de Fournier dans le Recueil de vases antiques, d'après les dessins de Charles Errard. Suivant la lettre de la gravure, le vase muni d'un couvercle, orné d'une bacchanale, se serait trouvé dans les jardins de Justinien (Romae in hortis Justinianis), et celui représentant Bacchus enfant proviendrait des abords de l'église Saint-Laurent-Hors-les-Murs (Romae versus S. Laurentium extra muros), tandis que le vase à anses, décoré d'une scène de vendange, aurait orné les jardins de Tivoli (In hortis Tiburtinis), où Hadrien avait fait édifier sa célèbre villa. Ce vase est peut-être l'une des répliques que l'empereur avait fait sculpter au IIe siècle d'après des originaux grecs. Ces dessins sont remarquables par leurs qualités esthétiques et leur intérêt archéologique.