Charles Errard. Nantes, vers 1603-Rome, 1689
Le Vase Borghèse
Vers 1630
Plume et encre rouge. 310 x 207 mm.
Filigrane : DB
Paris, BNF, Estampes, Rés. Aa 53 fol., feuillet 15

Le vase Borghèse fut découvert à Rome en 1569 lors d'une fouille dans les jardins de Salluste. Il s'agit d'un grand cratère grec, haut de 1,71 m, datant du premier siècle avant notre ère, dont la vasque élancée, au profil concave, est décorée d'un cortège dionysiaque. Cette bacchanale se déploie sous un rinceau de vigne, qui couronne la composition, juste sous la lèvre évasée du cratère, ornée d'un motif de languettes. Charles Errard rend très bien, dans ce dessin, le modelé des personnages qui sont sculptés en haut-relief sur le pourtour de la vasque. C'est le triomphe de Dionysos au retour des Indes qui est représenté sous les rameaux de vigne : le dieu du vin, appuyé sur un long thyrse, bâton surmonté d'une pomme de pin, regarde Ariane, que Thésée vient d'abandonner et qu'il s'apprête à épouser. Ariane joue de la lyre au milieu de l'escorte familière de Dionysos, où des satyres, vêtus de peaux de panthère, des ménades et des bacchantes se déchaînent dans une danse extatique et frénétique.
Ce type de vases aux proportions monumentales était destiné à l'ornement des jardins que possédait la noblesse romaine, comme ceux d'Agrippa, de Mécène ou de Salluste. Ces jardins attenants aux villas romaines de l'époque impériale étaient ornés de sculptures grecques ou de copies en marbre d'œuvres hellénistiques, produites à Athènes sur la commande de riches clients romains amateurs d'art grec. Ils livrèrent ainsi quantité de chefs-d'œuvre que l'on retrouva enfouis quinze siècles plus tard. Outre ce fameux vase, on découvrit dans les jardins de Salluste (Horti sallustiani), qui appartenaient auparavant à César et passaient pour les plus grands de l'Antiquité, une tête colossale de déesse, Vénus sans doute. Le cratère entra en 1645 dans la collection Borghèse dont il orna la villa. Montfaucon en reproduisit les figures (Antiquité expliquée, t. II, 1re partie, pl. 87). Le vase gagna le Louvre en 1808 lors de l'achat par Napoléon de la plupart des antiques de la collection de son beau-frère, le prince Camille Borghèse.