Italie du Nord
Tarot dit de Charles VI : Le Fou
Fin du XVe siècle
Peinture a tempera à l'œuf, sur un dessin préparatoire à l'encre noire de type sépia ; décor de rinceaux estampés, après fixation de feuille d'or et d'argent sur une couche d'assiette, déposée sur un support de papier ; dos blancs unis. Papier en plusieurs couches avec rabats à l'italienne dont certains sont rognés. La partie du dessin dissimulée par les rabats réalisés après, a été redessinée. Dix-sept cartes : 180/185 x 90/95 mm.
Paris, BNF, Estampes, Rés. Kh 24

Coiffé d'un capuchon à pointe et oreilles d'âne, il gesticule et grimace en agitant un chapelet de grelots, tandis que trois enfants lui lancent des pierres et qu'un quatrième lui saisit une jambe. En partie dévêtu, sa grande collerette à pointes virevoltant, il annonce son arrivée par le son des grelots, comme un personnage marginal.
Figure populaire dans l'art depuis la fin du XVe siècle, son image avait été diffusée par l'ouvrage illustré de l'humaniste Sébastien Brant, La Nef des fous, sorti des presses de l'imprimeur bâlois Johannes Bergmann, le jour de carnaval 1494. Dürer y avait collaboré. Ce livre satirique, qui connut la célébrité dans toute l'Europe, mettait en scène une centaine de fous, symbolisant chacun un travers du siècle. Le fou de Brant figure celui qui dévie de la voie de la raison et s'écarte de Dieu, contribuant ainsi à la désagrégation du monde.
Sans s'éloigner de l'interprétation de Brant, le personnage du fou recouvrait d'autres aspects plus divertissants. Le fou de cour, personnage artificiel, connu depuis l'Antiquité, le bouffon, jouait un rôle comique auprès d'un souverain. Dans la même fonction mais auprès d'un public plus varié, le fou accompagnait les jongleurs, les troubadours dans les villes et les campagnes, cultivant la facétie, le mime, le comique.
Un simple d'esprit, un fou véritable, par ses attitudes burlesques, ses propos grivois, distrayait aussi. Ce n'était plus celui qui faisait rire volontairement mais celui dont on riait.
Ce personnage à plusieurs facettes inspira les artistes qui multiplièrent les interprétations. Il intervint dans les jardins d'amour et dans des scènes érotiques isolées où il symbolisa la luxure, dans les scènes de genre, dans des marges de manuscrits. Sa représentation fut plus rarement diffusée en Italie qu'en Europe du Nord. Le Fou du Tarot dit de Charles VI, par sa tenue licencieuse, son visage grimaçant et les réactions qu'il suscite, s'apparente au fou de Sébastien Brant.
Le Fou n'est jamais numéroté dans le jeu de tarots. Il est censé évoluer en dehors de la procession carnavalesque, la suivant et s'agitant le long du défilé.