Italie du Nord
Tarot dit de Charles VI. Les vertus : La Force
Fin du XVe siècle
Peinture a tempera à l'œuf, sur un dessin préparatoire à l'encre noire de type sépia ; décor de rinceaux estampés, après fixation de feuille d'or et d'argent sur une couche d'assiette, déposée sur un support de papier ; dos blancs unis. Papier en plusieurs couches avec rabats à l'italienne dont certains sont rognés. La partie du dessin dissimulée par les rabats réalisés après, a été redessinée. Dix-sept cartes : 180/185 x 90/95 mm.
Paris, BNF, Estampes, Rés. Kh 24

Il s'agit de l'énergie spirituelle, du courage. L'allégorie de la force tient une colonne brisée. La colonne est le symbole de la force d'âme. La source en est un passage de l'Apocalypse (3, 11-12) : "Tiens ferme ce que tu as, afin que personne ne prenne ta couronne. Celui qui vaincra, j'en ferai une colonne dans le temple de mon Dieu." Cette colonne est souvent brisée par allusion à l'exploit de Samson, héros biblique, qui incarne la lutte contre les Philistins, exemple de la force non seulement physique mais aussi morale. Pour se venger de ses ennemis, il avait abattu deux colonnes du temple de leur dieu Dagôn, qui s'effondra (Juges, 16, 29-30). La victoire de Samson sur les Philistins préfigure la résurrection du Christ.
Trois vertus cardinales, la Tempérance, la Force, et la Justice sont des atouts du jeu de tarots. La quatrième vertu, la Prudence figure seulement dans le minchiate de Florence. Ces vertus ont une origine antique, alors que les vertus théologales, la Foi, l'Espérance et la Charité sont des concepts chrétiens. Les Grecs qui identifiaient la vertu au courage, à la valeur tant de l'âme que du corps, lui avaient donné le nom du dieu de la guerre, Arès (Mars), Platon et Aristote attribuèrent un sens moral aux vertus. Quant au mot lui-même, il vient du latin virtus, valeur guerrière, de vir, homme courageux. La vertu se définit comme la force appliquée au bien.
La représentation des vertus fut fréquente en Italie du XIVe au XVIe siècle. Accompagnées d'attributs, elles eurent d'abord pour fonction principale la décoration des tombeaux, puis elles ornèrent les chaires, les bénitiers, les tabernacles. Elles s'imposèrent ensuite dans l'iconographie profane, illustrant la morale et servant de décor à des édifices publics, des palais, des façades de maison, des objets (chandeliers, coffres, gaines de poignard).
Elles furent souvent intégrées à de grands ensembles décoratifs encyclopédiques, qui s'inspiraient des programmes de théologiens ou d'humanistes, vastes fresques de la civilisation de l'époque. Les vertus y côtoyaient les vices, les héros bibliques, les dieux antiques, les arts libéraux, les Muses, les planètes, les signes du zodiaques, les prophètes et les sibylles. Leur présence dans le jeu de tarots se comprend aisément.
Les vertus du Tarot dit de Charles VI sont toutes les trois représentées par des jeunes femmes assises, le visage de trois quarts, la tête ornée d'une auréole ou d'une coiffe.