Italie du Nord
Tarot dit de Charles VI : La Mort
Fin du XVe siècle
Peinture a tempera à l'œuf, sur un dessin préparatoire à l'encre noire de type sépia ; décor de rinceaux estampés, après fixation de feuille d'or et d'argent sur une couche d'assiette, déposée sur un support de papier ; dos blancs unis. Papier en plusieurs couches avec rabats à l'italienne dont certains sont rognés. La partie du dessin dissimulée par les rabats réalisés après, a été redessinée. Dix-sept cartes : 180/185 x 90/95 mm.
Paris, BNF, Estampes, Rés. Kh 24

La Mort, squelette décharné revêtu d'une tunique retenue à la taille par une écharpe blanche à volutes, le crâne ceint d'un turban de même couleur, chevauche un coursier noir. Elle brandit son attribut, la faux, dont le manche, au premier plan, crée la profondeur. Le cheval franchit la "barrière" de la carte, débordant le cadre. L'artiste se souciait davantage de l'effet impressionnant de l'ensemble que de son dessin initial. Dans sa fougue, l'animal escalade cinq défunts, un pape, un évêque, deux cardinaux, un roi, allusion à la vanité des grandeurs humaines.
L'arme menaçante, la faux, fut empruntée à Saturne, qui, avec cet attribut, figure le temps. Ce dieu agraire des Latins, dont le règne d'abondance et de paix correspondit à l'âge d'or, était représenté à l'origine avec une faucille. Dès la période romaine classique, il fut assimilé au dieu grec Cronos, puis au temps Chronos. L'homonymie des termes fut, semble-t-il, à l'origine de cette confusion. Macrobe (début du Ve siècle) dans les Saturnalia, donna à la faucille une autre signification : "certains pensent que la faucille lui a été attribuée parce que le temps fauche tout" (I, 8). La faucille se transforma en faux au cours du Moyen Âge, et devint le symbole d'un pouvoir destructeur, celui de la mort. Elle resta aussi l'attribut du Temps, auxiliaire de la Mort.
Le cheval est une référence aux quatre cavaliers de l'Apocalypse, dont l'un symbolise la mort. Celle-ci est l'une des fins dernières de l'homme avant le Jugement dernier, le paradis où l'enfer.