Italie du Nord
Tarot dit de Charles VI : Le Monde
Fin du XVe siècle
Peinture a tempera à l'œuf, sur un dessin préparatoire à l'encre noire de type sépia ; décor de rinceaux estampés, après fixation de feuille d'or et d'argent sur une couche d'assiette, déposée sur un support de papier ; dos blancs unis. Papier en plusieurs couches avec rabats à l'italienne dont certains sont rognés. La partie du dessin dissimulée par les rabats réalisés après, a été redessinée. Dix-sept cartes : 180/185 x 90/95 mm.
Paris, BNF, Estampes, Rés. Kh 24

Une femme, la tête auréolée ou agrémentée d'une coiffe, tient d'une main un sceptre et de l'autre un globe ; elle est debout sur une sphère, qui figure sans doute l'univers et qui évolue sur des nuages ou de l'eau. Le globe, symbole du monde, et le sceptre, celui du pouvoir, sont également les attributs de L'Empereur (cat. 36). L'auréole ou la coiffe festonnée est portée aussi par les atouts figurant les vertus, La Force, La Justice, et La Tempérance (cat. 40, 41 et 39). Elle est à rapprocher d'une figure de la Justice figurant sur une gravure florentine, Le Triomphe de la Renommée, datant des années 1460 (Hind, A I, 21, 1).
L'iconographie du Monde est difficile à interpréter. Au centre de la sphère représentant sans doute la Terre, aux sommets de monts se dressent des architectures de villes fortifiées. Un large cercle, peut-être le monde céleste, composé de neuf cieux superposés, selon le système de Ptolémée connu à l'époque, l'environne.
Ce système faisait de la Terre le centre de l'univers. Tout autour, le monde céleste correspondait aux sept planètes (la Lune, Mercure, Vénus, le Soleil, Mars, Jupiter et Saturne), à la sphère des étoiles fixes, à celle du Premier Mobile ou Cristallin en contact direct avec la dernière sphère, appelée Première Cause, c'est-à-dire Dieu. Celle-ci transmettait le mouvement au Premier Mobile, moteur qui animait les autres sphères et se trouvait à l'origine de tous les mouvements de l'univers. Le système de Copernic (1473-1543) était encore très peu répandu au début du XVIe siècle.
Le Monde du jeu de tarots pourrait être une représentation allusive de l'univers de Ptolémée.
La figure s'apparente également par sa position debout sur une sphère, et par le sceptre qu'elle tient, à l'allégorie de la Fortune. Cependant de nombreux détails iconographiques l'en éloignent. La déesse de la Fortune est nue et porte un bandeau sur les yeux.