Anonyme. École lombarde.
L'Adoration des Mages
XVIe siècle. Non daté
Grisaille. Lavis brun et brun rosé, rehauts de blanc sur papier préparé au lavis brun plus clair. 139 x 355 mm.
Inscription, à gauche, illisible et vers le milieu du bas, à la plume et l'encre brune : alessandro véronése.
Fil. : fragment sur le bord inférieur, raisin ?
Paris, BNF, Estampes, Rés. B 3

L'évangile selon Matthieu (2, 1-12) évoque ainsi les Rois mages : "Jésus étant né à Bethléem de Judée, au temps du roi Hérode, voici que des mages venus d'Orient arrivèrent à Jérusalem [...] voici que l'astre, qu'ils avaient vu à son lever, les précédait jusqu'à ce qu'il vint s'arrêter au-dessus de l'endroit où était l'enfant.[...] ils virent l'enfant avec Marie sa mère, et, se prosternant, ils lui rendirent hommage ; puis ouvrant leurs cassettes, ils lui offrirent en présents de l'or, de l'encens et de la myrrhe." L'encens, est un hommage à la divinité du Christ, l'or à sa royauté, la myrrhe symbolise la mort du Christ pour la rédemption de l'humanité et sa mise au tombeau. La légende illustrant la parole biblique : le roi messianique recevant l'hommage de toutes les nations, faisant des trois mages les représentants de l'Europe, de l'Asie et de l'Afrique, apparaît vers le IXe siècle. Leurs noms d'usage, Gaspard l'Européen, Melchior l'Africain et Balthazar l'Asiatique, se fixent à partir du XIIe siècle. Joseph figure dans la représentation des crèches dans le courant du Ve siècle. L'étoile qui signifie la lumière du Rédempteur est placée dès le IVe siècle dans la crèche.
Sur ce dessin, les Mages, dans une marche précipitée vers la Vierge à l'Enfant, tendent leur offrande ou s'en saisissent, les draperies de leur costume oriental s'agitent et transforment la scène en une sorte de ballet. Le premier roi mage, se prosterne devant la Vierge, presque allongé selon le rite oriental de l'adoration, alors qu'en Occident il est représenté agenouillé.
Le style très singulier de cette grisaille anonyme rend difficile l'attribution à un artiste et ne permet pas de la situer avec certitude. Dominique Cordellier suggère l'école lombarde. La composition en longueur et en camaïeu évoque un bas-relief ou une frise. L'artiste dispose ses personnages sans recherche de profondeur. Les figures sont placées deux à deux en diagonale, et s'intercalent : la Vierge à l'Enfant et Joseph, le premier roi mage agenouillé devant Marie lui offrant une coupe et le deuxième saisissant un coffret que lui présente un page, ce dernier et le garde casqué, puis le troisième mage tenant une coupe et le cheval cabré. Les personnages maniéristes à l'allure dansante, les arabesques des costumes qui suggèrent les corps, les visages animés par de petites touches foncées, esquissant les yeux, les narines, les lèvres, l'agitation rendue par le tracé et la lumière sont autant de caractéristiques qui pourraient permettre sinon une identification du moins des hypothèses.