Agostino Ciampelli. Florence, 1565-Rome, 1630.
Annonciation
Fin XVIe - début XVIIe siècle
Pinceau, lavis verdâtre, rehauts de blanc, sur papier lavé vert. 278 x 233 mm.
Inscription à la plume et à l'encre brune au milieu du bas : pomarancio ?
Paris, BNF, Estampes, Rés. B 3

Ciampelli commença sa carrière à Florence, où on le trouve inscrit à l'Académie de dessin le 5 mai 1585. Cependant, il travailla à Rome la plus grande partie de sa vie. Il arriva dans la Ville éternelle sous le règne du pape Clément VIII, en 1594, et vécut dans le palais du cardinal Alessandro de Médicis, pape en 1605 sous le nom de Léon XI, et décédé la même année. Il travailla au Gésu, à Saint-Jean-de-Latran, à S. Vitale, S. Giovanni de Fiorentini, entre autres. En 1629, il fut nommé Soprastante della Fabbrica di S. Pietro, aux côtés de Bernini.
Environ soixante-douze dessins de l'artiste ont été identifiés, dispersés dans différents musées, principalement le Louvre, les Offices et à Rome. Ces premiers dessins ont un caractère très florentins et sont encore imprégnés de maniérisme. Élève de Santi di Tito, peintre florentin représentant le renouveau de l'art et le courant antimaniériste, il évolua vers le baroque, sans toutefois se détacher complètement de la maniera.
L'Annonciation est un exemple de cette synthèse des deux tendances. L'ensemble est traité d'une manière picturale, au lavis vert de différentes intensités avec des rehauts de gouache blancs, respectant des zones de transition, et jouant sur la transparence des ombres, comme dans plusieurs de ses dessins. La composition s'articule autour d'un ovale de lumière qui structure l'espace et anime les personnages qui l'occupent, plus concrètement que dans le maniérisme. L'artiste ne détermine pas la forme par des contours précis, bien que certains d'entre eux soient librement indiqués à la plume. Il travaille au pinceau, même pour traduire des tracés linéaires. Les rehauts de blanc, très prononcés, donnent une grande luminosité au dessin, tout en créant un effet de chiaroscuro. La Vierge et l'archange se détachent avec beaucoup de relief, émergeant du fond lavé du papier à la manière vénitienne. La fermeté, la maîtrise du modelé diffèrent de la fluidité qui caractérise le maniérisme. L'attitude de Marie, la tête et le corps en légère torsion, se rattache encore à ce courant, tandis que celle de l'archange Gabriel, tout en mouvement - gestes des bras, ailes frémissantes, draperies agitées - est d'inspiration baroque.
L'Annonciation se déroule dans la chambre de la Vierge, décor de la vie quotidienne, qui a son origine dans l'art des écoles du Nord, les artistes italiens ayant, eux, fréquemment situés la scène dans des palais. Le lieu cité par l'évangile de Luc et les apocryphes est la maison de Nazareth. La Vierge semble avoir interrompue ses activités féminines - filage, tissage, couture - pour prier. Selon le récit du Protévangile de Jacques (11, 1), elle tisse la pourpre destinée au voile du temple. Un dévidoir s'aperçoit dans le fond de la pièce, il préfigure la croix. Le nuage sur lequel l'ange apparaît agenouillé est lié à la pensée des théologiens du concile de Trente. Quant au lys, symbole de la pureté et de la virginité de la Vierge, c'est à Florence qu'il s'est substitué au sceptre à partir du XIVe siècle. La corbeille à ouvrage avec un linge, motif souvent représenté dans l'Annonciation, est peut-être une préfiguration du suaire.