Federico Zuccaro. Sant'Angelo in Vado, 1539-Ancône, 1609.
Deux Vertus : la Justice et la Prudence
Vers 1575
Plume et encre brune, lavis brun. 242 x 358 mm.
Paris, BNF, Estampes, Rés. B 3

Peintre et théoricien, Federico Zuccaro fut l'élève de son frère Taddeo, l'une des figures déterminantes dans l'évolution de la peinture décorative romaine de la seconde moitié du XVIe siècle. L'artiste appartient à la dernière génération des maniéristes, et son style reste très lié à celui de son frère, qui fut son unique maître. Jusqu'à la fin du siècle, il œuvra dans plusieurs villes d'Italie : Rome, Venise, Pavie, Mantoue, Turin, Parme et Florence. Là, il acheva les peintures de la coupole du Dôme commencées par Vasari. Il fut appelé aussi à l'étranger, en Angleterre à la cour d'élizabeth en 1574, en Espagne à la cour de Philippe II en 1586-1588, où il réalisa le décor du grand autel de la Capilla Major de l'Escurial.
En 1593, il fut élu président de l'académie de Saint-Luc. Il publia un ouvrage sur l'enseignement du dessin et l'esthétique de la fin du maniérisme, Idea dei Pittori, Scultori ed Architetti, édité à Turin en 1607. Cette publication eut une certaine influence et fut même rééditée un siècle et demi plus tard, en 1768. Federico eut une production régulière, et son art basé sur des formules facilement utilisables relève de l'académisme, mais ne manque pas de talent.
L'œuvre Deux Vertus, fait partie des nombreux dessins préparatoires à la fresque qui décore la coupole du Dôme de Florence, Santa Maria del Fiore, chef-d'œuvre de Brunelleschi. Cette fresque qui représente le Jugement universel s'inspire de la Divine Comédie de Dante. Elle fut commandée par Cosme de Médicis, à Vasari au faîte de sa carrière ; celui-ci élabora ce prestigieux projet, inachevé à sa mort en 1574. Federico Zuccaro en devint le maître d'œuvre et le termina, tout en respectant l'iconographie, mais en modifiant quelque peu les projets dessinés.
Dans cet ensemble, la Justice et la Prudence appartiennent à la zone du Tribunal divin qui se divise en deux registres : Le Christ du Jugement dernier entouré des saints de l'Ancien et du Nouveau Testament, et les sept Dons de l'Esprit, les sept Béatitudes et les sept Vertus. La Prudence est à droite de la Béatitude de Mansuétude, tandis qu'à gauche est placé le Don de l'Intelligence. La Justice se tient à gauche du Don de Conseil tandis qu'à droite se tient la Béatitude des Miséricordieux.
Zuccaro n'a pas respecté pour ces groupes les études de Vasari conservées au Louvre (inv. 2136 et 2143). Le dessin représente l'un des projets de l'artiste, parmi d'autres, qui diffère légèrement de son choix définitif. La Justice tient ses attributs traditionnels, le glaive et la balance, alors que dans la fresque la balance est remplacée par une flamme. Cet attribut est mentionné dans l'Iconologia de Cesare Ripa. La Prudence tient un miroir et une corne d'abondance remplacée finalement par un serpent, attribut plus habituel.
La présence du miroir remonte au Moyen Âge, et signifie la prévision de l'avenir et la connaissance de soi. Cet objet apparaît comme attribut de la Prudence dès 1305, dans une fresque de Giotto à la chapelle de l'Arena de Padoue, il se rencontre ensuite dans la chapelle de Sigismond Malatesta à Rimini en 1450, dans un médaillon de terre cuite de la voûte de la chapelle du cardinal de Portugal, à San Miniato de Florence vers 1461-1466, et dans bien d'autres œuvres. Raphaël (1483-1520) usa souvent de cet attribut, qu'il donna notamment à l'allégorie de la Prudence figurant dans une fresque de la chambre de la Signature au Vatican.
La corne d'abondance, plus rarement utilisée, signifie que l'abondance est une conséquence de la prudence. Un nielle italien figure la Vertu avec cet attribut. Zuccaro l'a donné aussi à un personnage féminin, qu'il a peint dans sa demeure sur le Pincio à Rome, sous le nom de Diligentia.