François Clouet. Vers 1510/1515-Paris, 1572.
Henri II
Vers 1553
Pierre noire et sanguine. 326 x 220 mm.
Inscriptions à l'encre, en haut à droite : Le Roy henry 2 ; en bas : Henry II, roi de France, mort en 1559.
Paris, BNF, Estampes, Rés. Na 22

Roi à vingt-huit ans, il donna à sa maîtresse Diane de Poitiers un pouvoir considérable. Elle devint toute puissante. Sous son influence, Henri II laissa se développer la puissance des Guise hostiles aux protestants. Lors d'un tournoi organisé pour les fêtes du mariage de sa fille élisabeth de France avec Philippe II, roi d'Espagne, le roi de France qui arborait les couleurs blanche et noire de Diane de Poitiers, et qui avait rompu déjà plusieurs lances, voulut finir sur un coup d'éclat. Il ordonna à son capitaine des gardes écossaises, Gabriel de Montgoméry, de courir contre lui, et fut mortellement blessé d'un coup de lance au front et à l'œil.
Il semble que le célèbre Nostradamus, médecin, astrologue et conseiller du roi, avait, dans un quatrain, prédit cette fin. De même, l'observation des conjonctions astrales, auxquelles on attachait une grande importance, laissait prévoir une blessure mortelle à la tête.
L'historien Yvan Cloulas rapporte l'opinion des ambassadeurs vénitiens sur le physique du roi : "Henri a une haute stature. Il est fort bien proportionné. Il a le teint mat, un beau front dégagé sous une chevelure noire, des yeux sombres et brillants. Il porte la barbe en pointe, longue de deux doigts. Contarini trouve cette physionomie agréable bien qu'à son goût le nez soit trop grand et le dessin de la bouche ordinaire."
Brantôme, dans son Éloge d'Henri II, le dit "beau encore qu'il fut un peu moricaud".
Ici, Clouet l'a représenté à trente-trois ans, en buste de trois quarts à gauche, une expression de défiance dans le regard. Il est coiffé d'une toque ; son vêtement au petit col rabattu et son collier sont très légèrement esquissés. Cela suffit pour suggérer le volume, l'ampleur du buste, et, par contraste, mettre en valeur le visage très élaboré. Celui-ci aux contours précis (yeux, nez, oreille) offre une carnation à la sanguine, avec des hachures parallèles à la pierre noire, les deux crayons étant estompés par endroits, et parfois superposés pour créer des zones d'ombres et suggérer le modelé. Des traits fins et appuyés se distinguent sur l'ensemble de la chevelure et de la barbe. La clarté de la perle en pendant d'oreille accentue celle des prunelles et attire l'attention sur le début du cou qui dégage le visage allongé et l'équilibre en largeur. La lumière suggère les volumes et des effets subtils soulignent le léger gonflement des paupières inférieures. Le toquet plat, ceinturé d'une ganse, laisse voir l'extrémité bombé du front et la chevelure au-dessus de l'oreille, contribuant, en allongeant le visage, à donner un peu plus d'aisance à l'attitude du roi engoncé dans ses vêtements. La comparaison avec Charles IX permet de saisir comment quelques détails vestimentaires situent le personnage dans l'espace de la feuille et accentuent l'impression d'âge mûr ou de jeunesse. Le roi, l'air un peu las, regarde avec hauteur, d'un air avisé et un brin sceptique le spectateur. Ce dessin a servi pour deux peintures, un portrait en buste et un portrait équestre.