François Clouet.Vers 1510/15-Paris, 1572.
Marguerite de Valois, dite La reine Margot
Vers 1572
Pierre noire et sanguine. 351 x 247 mm.
Paris, BNF, Estampes, Rés. Na 22

Fille d'Henri II et Catherine de Médicis, sœur des rois François II, Charles IX et Henri III, maîtresse du duc de Guise, elle épousa Henri de Navarre, le futur Henri IV, en 1572. Ce mariage qu'aucun des deux ne désiraient, aboutit rapidement à une séparation. Nymphomane, sa conduite légère et ses intrigues en faveur du duc d'Alençon, entraînèrent une mésentente avec son frère Henri III. Elle fut éloignée de la cour. Elle tint alors, à Nérac, une cour brillante. Très cultivée, elle écrivit des poésies et des Mémoires. Enfermée à Usson en Auvergne de 1587 à 1605, elle y séduisit le gouverneur, avec lequel elle vécut plusieurs années. Elle accepta l'annulation de son mariage avec Henri IV en 1599 en faveur de Marie de Médicis. Elle s'y était opposée lorsqu'il s'était agi de la maîtresse du roi, Gabrielle d'Estrées. Elle revint à Paris en 1605.
Un singulier portrait d'enfant de la future reine âgée de deux ans, exécuté par Clouet, révèle déjà sa forte personnalité. L'intensité de l'expression, la vivacité contenue, la tension qui émane de ce visage d'enfant, en font l'une des plus remarquables interprétations de Clouet. La fillette est coiffée en arcelets et porte un escoffion.
En 1561, Catherine de Médicis envoya un portrait de Marguerite, âgée de huit ans, à don Sébastien de Portugal, son fiancé. Il fut très apprécié par la cour de ce pays. Nicot, l'ambassadeur de France, écrit alors : "Le portrait de Madame a tellement contenté tous ceux de ceste Court qu'il n'a esté possible de plus [...]." (E. Falgariolle, p. 65.)
La même année, la reine d'Espagne, élisabeth reçoit à Madrid le portrait de ses deux jeunes sœurs, Claude et Marguerite. Louise de Bretagne, dame d'honneur d'élizabeth, écrit à Catherine de Médicis le 6 février 1560 : "Quand votre courrier est arrivé, le roy ne faisoit que partir de la chambre de la reine, et la princesse y estoit qui trouva les deux paintures fort belles, prinsipallement la petite Madame, et sur l'heure arrive le prince [don Carlos] à qui ils furent montrées, et lui demandes qui lui semblet la plus belle, il me fit reponse la Chiquita, ou je lui dis qu'il avoit raison pour ce qu'elle estoyt mieux pour lui, de quoi il se prist à rire et rougir." (Négociations, 1841, p. 803.)
Le portrait représente Marguerite de Valois une dizaine d'années plus tard, vers dix-neuf ans, à l'époque où elle épousa le futur Henri IV (août 1572). Quelques mois avant, le 8 mars, Jeanne d'Albret, la reine de Navarre, avait écrit à son fils Henri au sujet de sa future épouse, qu'elle était : "belle et bien avisée et de bonne grâce, mais nourrie en la plus maudite et corrompue compagnie", elle ajoutait qu'elle allait lui envoyer "sa peinture".
Le visage semble sculpté par l'estompe, aucune hachure n'apparaît. L'imperceptible sourire dépend autant des lèvres que du modelé très subtil de la partie inférieure. La princesse a les cheveux frisés, séparés par une raie médiane et relevés en un chignon retenu par des bijoux. Seul le haut du corsage, une guimpe bouillonnée à collerette montante serrée au cou par un collier de perles fines, est dessiné avec précision. Son regard est tourné vers le spectateur et son expression, assurée et spirituelle, se fait complice du monde extérieur qui l'entoure.
Ce portrait a servi d'étude préparatoire à une peinture.