Jean Ier de Gourmont. Carquebut, vers 1483-Lyon, après 1551
Massacre des innocents
Non daté
Plume, encre brune et lavis brun. 210 x 320 mm.
Inscription ancienne en bas à droite : ce dessin est dans la manière de Jacques Granthomme voyez ci-dessous, pag. 45.
Paris, BNF, Estampes, Rés. B 6a

D'une famille d'imprimeurs, d'éditeurs, de peintres et de graveurs, lui-même orfèvre et graveur en taille-douce, Jean de Gourmont débuta à Paris vers 1508, puis s'installa à Lyon. La cité connaissait alors une grande activité artistique. L'artiste est mentionné comme peintre et graveur dans cette ville de 1522 à 1526.
Ce dessin est caractéristique de ses compositions et de sa manière. Une perspective architecturale irréaliste se multiplie à l'infini, vibrante de lumière tamisée qui filtre à travers les colonnes et les arcades. Elle sert de décor à un thème biblique, le massacre des innocents. L'action se passe uniquement au premier plan, comme sur une scène de théâtre. Le graphisme délicat et précis de l'ensemble, les figures réduites et dispersées, dans des attitudes variées, évoquent le style d'un miniaturiste. L'ombre portée des personnages leur donne un certain relief, prolonge le jeu d'obscurité et de clarté qui structure l'espace architectural, et contribue à les y intégrer.
Le thème est connu d'après le récit de Matthieu (2, 16-18) : "Alors Hérode, voyant qu'il avait été joué par les mages, fut pris d'une violente fureur et envoya mettre à mort dans Bethléem et tout son territoire, tous les enfants de moins de deux ans." Il apparaît dans l'art dès le Ve siècle, notamment dans une mosaïque ornant l'arc triomphal de l'église Sainte-Marie-Majeure à Rome. La scène ne présente alors aucun caractère de violence, mais l'interprétation évoluera sous l'influence de La Légende dorée et du théâtre des mystères. Elle sera le plus souvent traitée suivant la description des hagiographes, comme elle l'est dans ce dessin, où les soldats arrachent les enfants des bras de leur mère, les embrochent, les tailladent, cependant que, à droite, le roi Hérode contemple la scène, penché à une terrasse de son palais. Ce dernier disparaîtra de l'iconographie au XVIIe siècle, seul le palais sera évoqué. À gauche au-dessus d'une arcade, dans un écusson, figure un scorpion à la queue recourbée, insigne du peuple juif et des hérétiques, attribut aussi de la haine et de l'envie.
Jean Ier de Gourmont traite aussi ce thème dans une gravure (Robert-Dumesnil VII, p. 21, 3) reprenant la composition, avec des variantes dans les poses des personnages, qui parfois sont situés sous les galeries.