Henri Lerambert.1550. Paris, 1609.
Histoire de Coriolan. L'Assassinat de Coriolan
Années 1580
Plume et encre brune, lavis brun avec rehauts de blanc, pierre noire. 363 x 500 mm.
Fil. : deux flèches en sautoir. Briquet 6283. Troyes 1578. Ce filigrane essentiellement italien fut employé peu de temps hors de la péninsule.
Paris, BNF, Estampes, Rés. B 5

Plus proche du maniérisme que La Condamnation de Coriolan, ce dessin est aussi beaucoup plus animé et vigoureux. La composition recherchée, rythmée par des plans qui se contrarient, horizontaux, puis verticaux et obliques, ouvrant sur de vastes perspectives, concentre l'intérêt sur le seul groupe de personnages en action, au premier plan.
La tension est suggérée par les attitudes qui font saillir la musculature, les gestes violents, les regards qui convergent sur Coriolan poignardé. Les autres acteurs de la tragédie sont représentés en groupes de conspirateurs statiques, plutôt que rassemblés en une foule anonyme. À l'arrière-plan, des bâtiments plus légèrement dessinés se perdent au lointain.

La Condamnation de Coriolan et L’Assassinat de Coriolan sont les deux seuls dessins préparatoires qui subsistent de la tenture de l’Histoire de Coriolan comprenant dix-sept pièces et conservée au Mobilier national.
Cette tenture fut, comme celle de L’Histoire de la reine Artémise, tissée par les ateliers du Louvre puis par l’atelier de Marc de Comans et François de La Planche. En 1606, elle se trouvait au château de Fontainebleau.
D’après Félibien (1688, p. 126) et les anciens inventaires du mobilier de la couronne, Henri Lerambert serait l’auteur des dessins à l’origine des cartons. Emmanuelle Brugerolles, cependant, y voit plutôt la main de François Quesnel (Édimbourg, 1543 – Paris, 1619). En effet, les grandes architectures, les foules assemblées, les personnages "témoins" et aussi les tapisseries du Mobilier national, dix grandes pièces et sept entre-fenêtres, rappellent les compositions de cet artiste. Il semble bien que les deux dessins ne soient pas de la même main. La facture rigide et statique de l’un contraste avec le style nerveux et dynamique de l’autre.
L’Assassinat de Coriolan qui porte au bas l’inscription Antoine Caron, n’a pas été retenu par J. Ehrmann, l’historien de ce peintre.
Les dessins illustrent deux épisodes de l’histoire du général romain, Coriolan, vainqueur des Volsques, qui dut son nom à la conquête de la ville de Corioles. Il s’était présenté au consulat à Rome, mais son attitude méprisante à l’égard de la plèbe le rendit impopulaire et entraîna son bannissement par les tribuns. Il rejoignit alors ses anciens ennemis les Volsques, en fut nommé le chef et fut chargé de se venger des Romains. Imploré par sa femme et sa mère, il épargna cependant la cité, et signa un traité favorable aux Volsques. Insatisfaits, ceux-ci se jugèrent trahis et, lorsque Coriolan retourna avec eux dans la ville d’Actium, ils l’arrêtèrent et le firent tuer sur la place publique. Cette histoire, qui a sa source dans Les Vies des hommes illustres de Plutarque, inspira non seulement de nombreux auteurs dramatiques dont Shakespeare, mais aussi plusieurs compositeurs dont Beethoven.