Boschaert Ambrosius, dit Ambroise Dubois. Anvers, vers 1543 (?)-Avron, 1614 ou 1615.
Embarquement de Chariclée
Vers 1609-1610
Plume et encre brune, pierre noire, lavis brun, légères traces de sanguine, très légers rehauts de blanc, sur papier brun. 280 x 423 mm.
Paris, BNF, Estampes, Rés. B 5

Peintre français d'origine anversoise, Ambroise Dubois appartient à la seconde école de Fontainebleau. Il reçoit d'importantes commandes de cycles décoratifs pour le château de Fontainebleau à partir de 1600. Il est nommé peintre de la reine Marie de Médicis en 1606. Dans son style se mêlent la grâce linéaire du Primatice et le maniérisme de Spranger. Il est l'un des plus brillants décorateurs de la seconde école de Fontainebleau. Il décore le cabinet de la reine de huit scènes de l'histoire de Clorinde dont six sont conservées, la galerie de Diane de sujets mythologiques et de scènes de l'histoire de Diane et de la vie d'Henri IV, dont seuls quelques fragments subsistent, la chapelle haute du château avec le peintre Jean d'Hoey, le cabinet Ovale, actuel salon Louis XIII, de l'Histoire de Théagène et Chariclée. C'est à cet ensemble datant de l'extrême fin du règne d'Henri IV, 1609-1610, que se rattache ce dessin.
Sur les quinze tableaux de la suite des amours de Théagène et Chariclée, encastrés dans la partie supérieure des murs et dans les caissons des plafonds, onze sont encore en place, malgré certaines modifications lors d'un remaniement de la salle.
Cet ensemble ornemental avait été commandé par Henri IV pour commémorer la naissance du dauphin, le futur Louis XIII, en 1601. Il illustre les divers épisodes du roman de l'écrivain grec Héliodore d'émèse (IIIe siècle après J.-C.), Les éthiopiques, connu au Moyen Âge, et très en vogue à la fin du XVIe siècle et au XVIIe siècle dans la traduction de Jacques Amyot (1547). Cet ouvrage relatait les amours pudiques et loyales de Théagène, prince de Thessalie, et de Chariclée, jeune fille à l'origine mystérieuse, élevée par un prêtre de Delphes, désignée pour être la prêtresse d'Apollon.
Les amoureux s'étaient engagés à demeurer chastes jusqu'à la célébration de leurs noces. Aidés par Calasiris, prêtre égyptien, ils s'enfuirent vers l'égypte, et après de nombreuses aventures parvinrent en éthiopie, prisonniers destinés à être immolés. C'est alors qu'on découvrit que la jeune fille était la fille des souverains de ce pays. Ambroise Dubois a illustré les cinq premiers livres du roman, en suivant fidèlement le récit du grand prêtre Calasiris, depuis la première rencontre des héros, jusqu'à leurs retrouvailles dans une caverne.
Le dessin, l'un des plus beaux de cette suite célèbre, est un projet pour la scène Calasiris accueillant Théagène et Chariclée dans un vaisseau.
Comme beaucoup d'artistes de la seconde école de Fontainebleau, Ambroise Dubois s'inspirait des romans grecs pour renouveler ses thèmes ;
L'influence de Primatice, notamment de l'Histoire d'Ulysse, et les réminiscences de la manière flamande se reflètent dans ce dessin où le maniérisme est très présent par le dynamisme de la ligne, l'élégance et la grâce des attitudes, les silhouettes élancées, la recherche de la composition. Ainsi le jeu des arabesques, celles du bateau au premier plan et au plan médian, de l'arbre à gauche, de la voile, des attitudes et des regroupement des personnages, est-il remarquablement orchestré par la verticale du mat au deux tiers de la composition. En structurant l'espace, elle évite le flottement de l'ensemble, crée la profondeur, provoque le mouvement. Les rapports entre le dessin et la peinture sont étroits, mais celle-ci apparaît plus statique que l'esquisse si légère et si vibrante de sensibilité.