Martin Fréminet. Paris, 1567-1619.
La Sibylle Érythrée (Recto)
Vers 1610-1615
Plume, lavis brun et ocre, rehauts de blanc. 182 x 257 mm.
Inscription ancienne en bas à droite : Fréminet.
Paris, BNF, Estampes, Rés. B 5

Fréminet reçut sa première formation dans l'atelier de son père, en même temps que Toussaint Dubreuil. Il séjourna ensuite en Italie, à Rome, Venise, Turin entre 1587 et 1602. De retour en France, il fut appelé à Fontainebleau à la mort de Toussaint Dubreuil en novembre 1602, et nommé premier peintre du roi. Henri IV lui confia la décoration de la chapelle de la Trinité, l'une des réalisations essentielles du maniérisme européen tardif, annonçant le baroque. Fréminet fournit les dessins pour la peinture, la sculpture et les stucs.
L'iconographie basée sur un programme théologique, paraît inspirée par les frères jésuites Coton et Richeôme. Elle traite de la concordance entre l'Ancien et le Nouveau Testament. Le fond de la chapelle présente une fresque de l'Annonciation.
Ce dessin, intitulé autrefois Jupiter et Sémélé ou encore L'Apparition, serait un projet de l'artiste pour représenter les sibylles, réparties de part et d'autre de l'Annonciation. Cette interprétation, la sibylle d'Érythrée, représentée avec un livre au moment où le Christ ressuscité lui apparait sur des nuées, est proposée par Jacques Thuillier et reprise par Dominique Cordellier. Ce dernier s'appuie sur l'esquisse découverte au verso du dessin lors d'une restauration pour voir dans cette feuille un original de Fréminet.
L'originalité du graphisme due à l'acuité du trait, à la déformation des corps, est accentuée par l'expressivité des visages énigmatiques, la nervosité du rendu du modelé, le frémissement de la musculature et des contours.
Fréminet remplissait aussi les fonctions de maître de dessin du dauphin Louis XIII qui recherchait sa compagnie, et l'appréciait. Dans la chapelle de la Trinité, en le voyant à l'ouvrage, le dauphin lui avait témoigné sa satisfaction en ces termes : "Aussi vrai velà qui est bien fait." Il lui accorda même l'ordre de Saint-Michel, distinction suprême pour un peintre, et qui, de plus, l'anoblissait.
Michel de Marolles pouvait écrire dans son ouvrage le Livre des peintres et des graveurs, vers 1677 : "De Fréminet on scait les excellents dessins / Où dans Fontainebleau sa gloire est évidente".