La collection de dessins
  La vocation première du département est de conserver l’image multipliable à partir d’une matrice, qu’il s’agisse de bois, de cuivre ou de pierre pour l’estampe, d’un négatif verre ou souple pour la photographie. Mais qu’il conserve un riche ensemble de dessins n’est guère étonnant. Il le doit à l’ancienneté de sa création, antérieure à celle des musées, qui ne remonte guère qu’à l’époque révolutionnaire. Avec la collection de l’abbé de Marolles est entré un très grand nombre de belles feuilles, accru par les enrichissements successifs, et de nos jours encore, chaque année apporte sa moisson de dessins. Ce fonds peut être estimé aujourd’hui à plus de cent mille feuilles, sans compter de nombreux carnets.

La place du dessin
Lorsqu’on étudie l’histoire du Cabinet des estampes, on remarque que, depuis sa création sous Louis XIV jusqu’à nos jours, une place importante a été réservée aux dessins dans la formation de ses collections. Il n’y a pas de meilleur moyen, expliquait Paul-André Lemoisne, directeur du Cabinet, dans la préface qu’il consacrait à l’Inventaire général des dessins des écoles du Nord, pour saisir le caractère de l’œuvre gravé d’un peintre, que de le comparer avec ses dessins. C’est ainsi que, en 1926, un grand amateur, Étienne Moreau-Nélaton, légua à la Bibliothèque un très précieux ensemble d’œuvres de peintres-graveurs du XIXe siècle. Parmi ces œuvres figurait une suite de dessins de Manet qu’il estimait ne pas devoir être séparée de l’œuvre gravé et lithographié du maître. Aujourd’hui encore, cette tradition est suivie et le département s’efforce d’enrichir ses collections en acquérant des dessins de graveurs.

Les dessins d'artistes
Cependant, nombre de dessins réalisés par des artistes n’ayant pas laissé d’œuvre gravé sont également entrés dans les collections, le plus souvent par don.
 

  L’école française
Parmi les dessins d’artistes les plus abondants sont évidemment ceux de l’école française : pour le seizième siècle, l’ensemble des dessins des Clouet et de leur atelier 066 à à79, complété par les portraits des Dumoûtier et de Lagneau, peut rivaliser avec les plus belles feuilles de la collection du musée Condé à Chantilly. On signalera un très beau groupe de dessins de l’école de Fontainebleau dus à Antoine Caron, Étienne Delaune, Jean de Gourmont, Jean Cousin le Fils, Ambroise Dubois, Martin Fréminet, ainsi que de la superbe suite des cartons pour la tenture d’Artémise.
À l’aube du XVIIe siècle, apparaissent les noms de G. Lallemant, Bellange, Callot, puis ceux du classicisme français, avec Boitard, F. Perrier, Blanchard, La Hyre, Vouet, Vignon. La seconde génération du Grand Siècle est illustrée par quelques feuilles de Champaigne, Chauveau, Ch. Errard, Dorigny, J.-B. Corneille, Nanteuil, Nicolas Loir, Le Brun, F. Verdier, J.-B. Massé, avant que n’apparaissent Jouvenet, Lemoyne, Antoine Dieu, Van der Meulen, Lafosse, Parrocel et les Coypel.  
 
  Le XVIIIe siècle n’est pas le moins richement représenté, avec de superbes dessins de Boucher, Fragonard, Greuze, Liotard, J.-F. de Troy, mais aussi d’Eisen, Moreau le Jeune, Carmontelle, Gabriel de Saint-Aubin, Choffard, C. N. Cochin, Danloux, Dandré-Bardon, Debucourt, Demarteau, Gravelot, Duplessi-Bertaux, Hallé, Houel, J.-B. Huet, Jeaurat, Lafage, Lagrenée, Lancret, Lantara, Loutherbourg, Natoire, Pater, B. Picart, Hubert Robert, Suvée, Valenciennes, Van Loo, les Vernet, Vincent, sans compter les dessins décoratifs de Lajoue, Oppenord, Toro, Meissonier et un assez grand nombre de dessins anonymes mais de grande qualité qui mériteront de faire l’objet d’une étude approfondie.
Proportionnellement, le XIXe siècle est le mieux représenté dans les collections du département, avec des pièces de tout premier ordre allant de David à Vuillard et Bonnard, en passant par Delacroix, Horace Vernet, Girodet, Ingres, les deux Isabey, plus de trois cents dessins de Raffet, un superbe ensemble de croquis d’Hervier, Millet, Corot, la dizaine de dessins de Manet légués par E. Moreau-Nélaton, les fameux carnets de Degas et bien d’autres artistes encore dont le recensement a été publié.
 
   

L’école italienne
L’école italienne, avec de nombreuses copies anciennes de maîtres, comprend également des feuilles de Lorenzo di Credi, Maturino, Semino, Muziano, Poccetti, Ligozzi, Vanni, Stefano della Bella, Paolo Farinati, Piero Testa, Luca Penni, Perino del Vaga, Lelio Orsi, Vasari, Zuccaro, ainsi que des Pellegrino, Maratta, Ghezzi, Piranèse, Tiepolo. Le XIXe siècle, en revanche, est très faiblement représenté pour cette école.

 
  L’école allemande et les écoles du Nord
C’est également le cas pour les dessins de l’école allemande et des écoles du Nord, très abondants et de tout premier plan pour les XVIe et XVIIe siècles (le catalogue en a été dressé par Jean Vallery-Radot et Fritz Lugt en 1936), beaucoup plus rares pour les périodes postérieures. Outre les neuf feuilles de Dürer, on notera des dessins du Maître du Hausbuch, de Holbein le Jeune, de Jost Amman, Hans Baldung Grien, Flötner, Kulmbach, Lorch, Van Heemskerck. Pour une période postérieure, citons les noms de Brueghel le Jeune, Pourbus, F. Floris, Saenredam, Stradan, H. Wechter, des paysagistes comme Van Goyen, Cruyl, Van Diepenbeck, Van Huchtenburgh, les deux Mérian, Soutman, A. Flamen, Van Aelst, Van Ostade, sans compter quelques feuilles de suiveurs de Rembrandt et d’autres attribuées à Van Dyck ou Rubens.
 
    Le fonds oriental
En revanche, les dessins des écoles anglaise (si l’on excepte un bel ensemble de Bonington) et espagnole sont presque inexistants, mais il convient de faire état d’un fonds très important de miniatures orientales et de peintures d’Extrême-Orient, provenant essentiellement de la collection de Gaston d’Orléans et de la collection Gentil acquise au XVIIIe siècle en ce qui concerne les miniatures indiennes ou persanes, et de la collection du contrôleur des finances Bertin pour la Chine. L’inventaire en a été dressé par Henri Cordier en 1909.
 
 
  Les dessins topographiques et d'architecture
À ces dessins que l’on peut qualifier de "dessins d’artistes" parvenus au hasard des donations ou acquis à titre onéreux quand ils étaient en rapport avec la gravure, viennent s’ajouter environ vingt-cinq mille dessins topographiques, relatifs à la France, à l’Italie, à l’Allemagne, au Moyen-Orient et à l’Afrique du Nord, tantôt vues de sites, tantôt relevés archéologiques ou albums de voyageurs. Le noyau de cette collection est constitué par l’ensemble de dessins exécutés à la fin du XVIIe siècle par Roger de Gaignières, si utiles pour la connaissance de l’art médiéval, exploités une première fois par Bernard de Montfaucon dans ses Antiquités de la France et recensés de façon exhaustive deux siècles plus tard par Henri Bouchot. Mais ce n’est que le début d’une suite ininterrompue de témoignages sur l’histoire de l’architecture française, du Moyen Âge au XIXe siècle, fournis par les papiers, plans, esquisses, projets d’Androuet Du Cerceau, de Salomon de Brosse, d’Étienne Martellange, de François Mansart, de François d’Orbay, Claude Perrault, Jules Hardouin-Mansart, Robert de Cotte, puis de Soufflot, Charles de Wailly, Bélanger, Jacques-Denis Antoine, Brongniart, Cherpitel, Chalgrin, Percier et Fontaine, Jomard, Labrouste, Abadie, Hittorf, Peyre, Charles Normand, sans compter quantité de projets anonymes relatifs à des bâtiments publics ou privés. Le joyau de ce fonds d’architecture est constitué par les dessins des architectes visionnaires Étienne-Louis Boullée et Jean-Jacques Lequeu.
   

Aux dessins d’architecture, viennent s'ajouter les dessins d’artistes figurant les vestiges de la Rome antique, ainsi que les dessins d’archéologues comme Bartoli ou Ennio Quirino Visconti. Il faut également citer une très belle collection de gouaches et d’aquarelles montrant les ruines de Pompéi, contemporaine des fouilles menées aux XVIIIe et XIXe siècles après la découverte de la cité en 1748. Ces dessins, dus à François Piranèse, fils de l’illustre auteur des Antiquités romaines, à Charles-François Mazois, Henri Labrouste ou Pierre Gusman, ont fait l’objet d’une édition récente.

 

    Le dessin documentaire
 
Arts décoratifs, costume et histoire
Sur cet ensemble viennent se greffer près de dix mille feuilles ayant trait aux arts décoratifs, la plupart anonymes, mais certaines portant la signature prestigieuse de Claude III Audran, de Sébastien Leclerc, de Bérain, de Lajoue, de Vassé, d’Oppenord, de Caffieri, d’Huquier, de Gillot ou de Meissonier. De précieux recueils de modèles de pendules et autres objets manufacturés présentés lors des expositions universelles, ou encore des modèles de voitures, calèches et carrosses prennent la suite de ce véritable musée des Arts décoratifs.
Un autre ensemble important du département des Estampes est constitué par les dessins relatifs aux costumes et à l’histoire du théâtre comme le très célèbre portrait de Louis XIV en costume de ballet figurant un soleil, ou les scénographies de Bibiena, et surtout un ensemble unique d’uniformes militaires, essentiellement réunis par de Ridder, concernant les uniformes du monde entier.
Viennent ensuite les dessins conservés dans les séries historiques (série Histoire de France, collection Hennin) au nombre de cinq mille environ, classés chronologiquement et dont l’étude reste à faire.
 
 
   
Botanique et zoologie

Enfin, plusieurs milliers de dessins relatifs à la botanique et à la zoologie, la plupart anciens et dus à des artistes de premier plan comme Claude et Robert Aubriet, Daniel Rabel, Nicolas Robert, Madeleine Basseporte, Émilie Bounieu, le père Feuillée, le père Plumier, Redouté plus proche de nous, sont à citer.

En apparence disparate parce que dispersée, la collection de dessins du département des Estampes et de la Photographie prend place parmi les fonds les plus riches de France et d’Europe. Méconnue pendant longtemps, elle fait maintenant l’objet d’études systématiques et de valorisation. C’est ainsi que les dessins d’architecture de Boullée et de Lequeu, les dessins de topographie d’Étienne Martellange, les dessins de topographie des collections Destailleur relatifs à Paris et aux provinces, la collection Gaignières ont déjà fait ou font actuellement l’objet d’une campagne de numérisation pour être accessibles sur l’Internet.