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Le Cabinet des estampes remonte
à près de trois siècles et demi. On considère
généralement qu’il a été créé
en 1667, date à laquelle le ministre Colbert procéda
pour le compte du roi Louis XIV à l’acquisition
d’une collection d’estampes et de dessins réputée,
celle de l’abbé Michel de Marolles : cent vingt
mille pièces que l’abbé céda pour
une somme modique, espérant être nommé précepteur
du dauphin, prince héritier du royaume de France. Mais,
l’affaire conclue, Marolles se trouva berné, car
il n’eut pas le poste convoité. Il n’en conçut
cependant nulle aigreur et devint même en quelque sorte
garde du Cabinet des estampes du roi, faisant classer sa collection
dans de superbes volumes reliés en maroquin du Levant
de teinte incarnate, bordés d’une large dentelle
d’or et frappés sur les plats des armes royales
gravées par Thomassin père. Le
dépôt légal de l'estampe
À côté des trésors de Marolles, existait,
dès 1648, une collection d’estampes fondée
sur le dépôt légal, loi qui remontait pour
les livres à 1547 et que l’on étendit aux
images quand, en raison de l’évolution des techniques,
la gravure sur cuivre supplanta la xylographie jusque-là
imprimée par le même artisan que le texte typographié.
Lorsque le garde de la Bibliothèque royale commença
à recevoir des ouvrages dépourvus de leurs illustrations,
puisque celles-ci nécessitaient l’intervention
d’un autre artisan, l’imprimeur en taille-douce,
il eut l’ingénieuse idée de réclamer
non seulement les images destinées aux livres, mais aussi
toutes celles qui se trouvaient éditées dans le
royaume de France : placards, images de piété
ou de propagande, almanachs muraux. À partir de 1672,
s’effectua également le dépôt des
estampes de privilège (le privilège étant
un acte de l’autorité donnant permission d’imprimer,
constatant le droit de l’auteur et de l’éditeur
de l’ouvrage et le protégeant de la contrefaçon).
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La
naissance du département
En 1683, Colbert mourut, et la Bibliothèque passa entre
les mains du tout jeune abbé de Louvois, âgé
de neuf ans. On dressa alors le premier inventaire du Cabinet
des estampes : à côté des deux cent cinquante-quatre
albums classés et reliés par les soins de Marolles,
cet inventaire dénombre trente-deux paquets d’estampes
bien ficelés et quelques rouleaux de cartes géographiques.
À la mort de l’abbé de Louvois, en 1719,
la Bibliothèque prit un tournant décisif. L’abbé
Bignon, qui lui succéda, constatant l’importance
du Cabinet, qui s’était accru entre-temps de
l’énorme collection de portraits constituée
par un attaché de conservation, Nicolas Clément,
décida de le doter d’une direction propre, qui
saurait procéder à des acquisitions judicieuses
et solliciter des dons, et d’un personnel spécial,
qui pourrait créer une tradition, surveiller les dépôts,
rédiger les catalogues. Le Cabinet des estampes accède
alors au rang de département de la Bibliothèque.
En 1716, la collection Gaignières entre au Cabinet
des Estampes. Curieux du patrimoine national, Roger de Gaignières,
employé de la maison de Guise, avait réuni une
fabuleuse collection essentiellement constituée de
dessins de costumes et de topographie, qu’il avait déjà
généreusement ouverte au public dans l’hôtel
de Guise, puis dans sa maison de la rue de Sèvres,
et qu’il légua au roi en même temps qu’un
nombre conséquent de peintures anciennes peu prisées
de ses contemporains, peintures que le garde de la Bibliothèque
dispersa inconsidérément par la vente.
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Les
grandes figures de bibliothécaires
Deux figures dominent l’histoire du Cabinet des estampes
: celle d’Hugues-Adrien Joly au XVIIIe
siècle, qui présida à ses destinées
durant cinquante-cinq ans. Son action se résume en trois
mots : "épurement", terme qu’il utilisait
lui-même, classement, acquisitions. Par épurement,
il désignait l’entreprise titanesque qui consistait
à fondre dans les mêmes séries des œuvres
de différentes provenances, à en extraire les
doubles pour échange et à corriger les nombreuses
erreurs d’attribution. Joly collectait les dons et s’efforçait
de multiplier les contacts avec les artistes pour les rendre
sensibles à leur intérêt, qui était
de déposer leurs plus belles épreuves à
la Bibliothèque royale, afin d’assurer la pérennité
de leur gloire. Parmi les acquisitions qu’il réalisa,
il faut citer le beau recueil de gravures d’après
Rubens, retouchées au pinceau par lui-même, l'album
des voyages de Carlo Maggi ou encore la collection du peintre
Peters, qui fit entrer d’un coup 736 estampes de Rembrandt.
Si le passage de Joly se confond avec la seconde moitié
du XVIIIe siècle, celui de Duchesne
correspond à la première moitié du XIXe.
Leur rôle fut d’égale importance. Duchesne
élabora définitivement la classification en 24
subdivisions qui survit encore de nos jours.
Avec la période d’activité de Duchesne coïncidèrent
les premières expositions, la création de la Réserve
et la publication des premiers catalogues raisonnés
d’estampes.
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La
poursuite des acquisitions
La politique de grandes acquisitions se poursuivit sous la Restauration
avec l’album Lécurieux, renfermant 58 portraits
"aux trois crayons" du XVIe
siècle. À la même époque, parallèlement
au volume de ses collections, le Cabinet des estampes vit s’accroître
le nombre de ses lecteurs.
En 1861-1863, 9 000 dessins ou estampes provenant de la bibliothèque
Sainte-Geneviève ou de la bibliothèque Mazarine
furent réunis au Cabinet. Quelques années plus
tard, le département s’enrichit de la collection
de l’architecte Hippolyte Destailleur, qui, à la
fin de sa vie, consentit à se dessaisir de son fonds
de pièces dessinées relatives au théâtre
(1889), puis de ses 1 328 dessins concernant Paris (1890). Un
peu plus tard, en 1894, le département put aussi acquérir
3 521 dessins concernant les provinces de France. |

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Le
département aujourd'hui
Les années ont passé. La photographie est entrée
dans les collections du département. Le catalogue des
collections, désormais informatisé est accessible
sur l’Internet.
Le département des Estampes et de la Photographie, riche
de quinze millions d’objets environ, est le creuset où
se sont déposés et mêlés les produits
de tout le génie artistique et de l’imagination
humaine. Il est, aujourd’hui, un musée unique en
son genre, où l’on trouve les chefs-d’œuvre
impérissables de l’estampe et de la photographie,
mais aussi l’imagerie en tout genre. C’est le seul
musée où les tendances les plus diverses s’affrontent
et coexistent, et dont les collections permettent, de ce fait,
de retracer l’histoire du goût. Ses missions découlent
de sa richesse, et il répond à d’autres
besoins que ceux de culture et de loisirs. L’exploitation
de son fonds se fait dans tous les domaines, universitaire,
savant, artistique, documentaire, artisanal, éducatif…
Il conserve, catalogue, exploite le patrimoine que la collectivité
lui a confié, notamment par des expositions organisées
à la Bibliothèque nationale de France ou hors
de ses murs, tant en France qu’à l’étranger.
Dons, acquisitions et dépôt légal continuent
à en faire la plus grande collection d’images du
monde, richissime pour les siècles passés, mais
aussi musée vivant de l’art contemporain avec les
donations Duchamp (1976), Robert et Sonia Delaunay (1977), Matisse
(1978-1980), Hélion (1979-1985), Baselitz (1983), Sam
Francis et Barry Flanagan (1988), les dons Jean Hugues (œuvres
d’Henri Michaux en 1994), Louise Bourgeois (1995), Guy
Krohg (œuvres de Pascin, en 1996), le legs Antonio Saura,
le fonds Henri Goetz, le don Antoni Tàpies (2000)...
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