Glossaire des techniques du dessin utilisés au XVIe siècle
 
  Aquarelle
Procédé de peinture à l’eau dont les pigments de couleur sont mélangés avec une solution de gomme arabique et sont appliqués au pinceau sur le support, en général une feuille de papier blanc, après avoir été plus ou moins dilués dans de l’eau. Ainsi délayées, les couleurs sont transparentes et peuvent être superposées. À la différence de la gouache, qui est opaque, l’aquarelle laisse jouer, par transparence, les couleurs entre elles et avec le blanc du papier ; les réserves, c’est-à-dire les espaces où le papier est laissé vierge, font ressortir les nuances, la luminosité et l’éclat des coloris. Cette technique, pratiquée depuis longtemps, notamment par les artistes allemands de la Renaissance pour la nature morte et le paysage (Cranach, Dürer), ou le portrait (Holbein), connaît son plein essor aux XIXe et XXe siècles.
 
 
  Crayon / technique des trois crayons
Le terme de crayon désigne, de manière générale, divers morceaux de minerais de différentes sortes se présentant sous la forme d’un bâton et permettant de dessiner ou d’écrire : craie, pierre noire, mine graphite, fusain, pastel, sanguine… Il s’agit d’un matériau solide qui se dépose sur le support par contact direct, par opposition aux matériaux liquides que l’on applique au pinceau ou à la plume.
La technique dite des "trois crayons" combine trois minerais : la pierre noire, la sanguine et la craie, qui sont appliqués sur du papier teinté, un peu grenu, car la craie et la sanguine ne se fixent pas sur du papier lisse. La pierre noire est utilisée pour les traits, les tons froids et les ombres, la sanguine pour la coloration, et la craie blanche pour les lumières, permettant d’apporter des touches d’éclairage. Les portraitistes eurent abondamment recours à cette technique très en vogue à la Renaissance.
 
 
  Détrempe
Procédé très ancien de peinture à l’eau, remontant à l’Égypte antique, consistant en un mélange de pigments colorés, d’eau et de colle appliqué sur un support sec, à la différence de la fresque. La couleur était délayée dans de l’eau additionnée d’un agglutinant à base de gomme, de colle et d’œuf, exempt de graisses, de résines ou de chaux, à la différence de la peinture à l’huile ou à l’encaustique. Peinture à la détrempe est synonyme de peinture a tempera.
 
Filigrane
Figure imprimée dans la pâte du papier lors de la fabrication par une silhouette en fil métallique. Ces marques laissées dans l’épaisseur du papier représentent des figures diverses, des emblèmes, des lettres ou des chiffres que l’on distingue à la lumière par transparence. Si la feuille de papier est munie d’un filigrane identifiable dans un répertoire, cet élément peut nous permettre de localiser la feuille dans le temps et dans l’espace, en indiquant notamment le moulin de production du papier.
 
    Fusain
Bâtonnet de charbon de bois de l’arbuste du même nom (fusain, en latin, fusus) ou de la même famille (saule, noyer, prunier, tilleul). Cette technique très ancienne, largement employée depuis la Renaissance italienne, est d’une utilisation extrêmement souple : on peut tailler la pointe du bâtonnet pour obtenir des traits fins ou l’utiliser sur le côté pour des noirs plus profonds. Matériau volatil, il s’efface facilement, permettant ainsi toutes les corrections. Pour le rendre plus stable et le conserver sur le papier, on a mis au point au XVIe siècle un fixateur. Il a souvent servi pour tracer les grandes lignes de fresques, de peintures murales à la détrempe ou de compositions sur panneau de bois.
 
 
 

Gouache
Procédé de peinture opaque, préparée avec une solution d’eau et de colle à base de gomme arabique, mêlée de blanc, de liants et d’ingrédients qui la rendent pâteuse et lui donnent son opacité. Les pigments, dilués dans cette solution aqueuse, sont appliqués au pinceau et sèchent rapidement. La gouache, à la différence de l’aquarelle, ne permet pas les transparences : le blanc du papier ne jouant aucun rôle, la lumière doit être suggérée par le moyen de la peinture.

Lavis
Dessin exécuté au pinceau avec de l’encre noire, bistre ou sépia diluée dans de l’eau. Utilisé depuis le XVIe siècle, le lavis est une technique très répandue pour colorier un dessin ; il permet de donner une teinte à un dessin le plus souvent à la plume, mais aussi à la pierre noire ou au graphite. Le lavis se distingue de l’aquarelle car il est en général monochrome et sert surtout à rehausser un dessin au trait et non à peindre directement. Le lavis gris ou brun, obtenu à partir d’une encre de Chine plus ou moins diluée, est habituellement utilisé pour figurer les ombres et rendre le modelé. Il existe aussi des lavis de couleurs, supplantés au XIXe siècle par l’aquarelle.
 

 

Pierre noire
Schiste argileux noirâtre, au grain assez fin, qui peut se tailler au couteau et que l’on utilise comme un crayon. Son usage s’impose en Italie à la fin du XVe siècle pour devenir au XVIe siècle une technique de prédilection, avant d’être remplacé, au XIXe siècle, par le fusain et la mine de plomb. La pierre noire, dite aussi pierre d’Italie, donne un trait souple dont la teinte varie du noir au gris en fonction de la pression exercée. Très souvent utilisée pour les nus et le dessin anatomique, elle permet de rendre le modelé, le volume des figures et les effets de clair-obscur. Mêlée à la sanguine et à la craie blanche, elle forme la technique dite des "trois crayons".

Plume et encre
La plume servait à la fois à écrire et à dessiner. On distingue trois sortes de plumes : les plumes de roseau, qui donnaient un trait large, net et dur, sans plein ni délié, en raison de la taille carrée ; les plumes d’oiseau (plumes d’oie le plus souvent, mais aussi de coq, de cygne ou de corbeau), beaucoup plus souples, taillées à la main, utilisées depuis le VIe siècle ; enfin, à partir du XIXe siècle, les plumes métalliques. Les deux encres les plus utilisées pour le dessin étaient l’encre de Chine, préparation à base de noir de fumée, recueilli lors de la combustion de chandelles, de résine ou de bois de pin carbonisé, mélangé à de la gomme arabique et dilué dans le l’eau, et l’encre végétale de noix de galle, obtenue par décoction, additionnée de sulfate de fer, de gomme et d’essence de térébenthine. Le dessin à la plume et à l’encre, tantôt libre et fluide, tantôt nerveux et anguleux, permet de mettre en évidence les lignes tout en suggérant le modelé par des hachures.

Pointe de métal
Technique très ancienne, connue depuis l’Antiquité, consistant à tracer les lignes du dessin avec un stylet métallique pointu en argent, or, cuivre ou plomb, sur des supports (papier ou parchemin) préalablement enduits au pinceau d’une préparation spéciale à base de pigments de couleur et de blanc d’Espagne ou de poudre d’os liés par une colle. La pointe d’argent, employée sur des papiers teintés, ainsi préparés, laisse une marque grise, qui s’oxyde en brun avec le temps. Le trait, précis et délicat, ne peut s’effacer ; il s’agit d’une empreinte qui s’inscrit en creux sur la feuille. Les ombres ne peuvent être obtenues qu’à l’aide de hachures parallèles ou croisées. Des rehauts de blanc, exécutés à la gouache, appliqués au pinceau ou à la plume, sont souvent associés à ce procédé, qui fut utilisé avec virtuosité par les artistes de la Renaissance, notamment par Dürer.
 

 
 

Rehauts
Touches claires appliquées sur un dessin pour en éclairer certains éléments. Des rehauts de blanc exécutés à la craie, à la gouache, au pinceau ou à la plume, permettent de représenter des reflets et des éclats de lumières. Les rehauts peuvent parfois devenir la technique prédominante pour dessiner à la fois les formes et les contours sur une feuille de papier de couleur sombre. Le verbe rehausser désigne également l’action de colorier : un dessin, tout d’abord dessiné au trait, est rehaussé lorsque il est ensuite peint en couleur.

Repentir
Changement visible apporté dans un dessin ou une peinture au cours de son exécution. Cette correction du trait ou des couleurs est immédiate et spontanée, à la différence du repeint, fait après coup. L’artiste a pu tenter de dissimuler cette correction ou, au contraire, la laisser visible volontairement.
 

Sanguine
Argile ferrugineuse de ton rouge, qui se présente soit sous forme de bâtonnet (tendre et friable, laissant une trace sur le support), soit sous forme de plaque ou de poudre (alors délayée dans de l’eau pour former un lavis appliqué au pinceau) ; terre rougie par l’oxyde de fer, appelé hématite, la sanguine, dont la teinte va du rouge orangé au brun violacé, doit son nom à l’analogie de sa couleur avec celle du sang. Connue depuis l’Antiquité, utilisée au Moyen Age pour exécuter les dessins préparatoires des fresques, elle est employée pour le dessin sur papier à partir du début du XVe siècle, d’abord pour rehausser des dessins à la plume ou à la pierre noire, puis comme crayon principal à partir du XVIe siècle. Elle est appliquée sur du papier légèrement grenu, car elle ne se fixe pas sur du papier lisse. Elle est souvent associée à d’autres procédés, notamment à la pierre noire et à la craie blanche pour la technique dite des "trois crayons". Idéale pour rendre le modelé et les carnations grâce à son coloris et à sa luminosité, elle est devenue l’une des techniques de prédilection pour les études de nus et les portraits.

Tempera (a)
Synonyme de détrempe. Voir ce mot.