Un homme nu dans un L
Geoffroy Tory, Champ fleury. Au quel est contenu lart et science de la deue et vraye proportion des lettres attiques, quon dit autrement lettres antiques et vulgairement lettres romaines, proportionnees selon le corps et visage humain
Geoffroy Tory et Gilles de Gourmont, Paris, 1529.
Livre imprimé sur papier. 2o. Reliure en veau marbré, XVIIIe siècle
Provenance : « ex libris sancti Joannis Carnutensis [Chartes ?] 1709 » ; saisie révolutionnaire ?
Paris, BnF, Réserve des livres rares. Rés. V. 516, f. 49v°-50r°
© Bibliothèque nationale de France
Après le I (f. 46v°), la lettre L sert également de support à une courte digression analogique. S’appuyant sur une lecture personnelle de certains commentaires humanistes, Tory associe la forme de la lettre à un homme debout accompagné de son ombre portée quand le soleil est dans la maison de la balance (libra en latin). Fondée sur une représentation approximative de l’ombre, le dessin entend justifier les empâtements de la lettre : la lettre s’élargit là où se trouvent la tête et les pieds. Mais cette « belle considération » entend aussi glorifier l’initiale des mots « lettre » et « livre » jusqu’à en faire « le mylieu et nombryl des lettres Abecedaires » (f. 43v°). Comment expliquer ce choix ? Pourquoi placer au centre de l’alphabet l’image d’un homme nu et de son ombre ? De quelle ombre intérieure est-ce la manifestation ? De quel principe d’équilibre cette combinaison du blanc et du noir, du plein et du vide, est-elle l’expression ? Comme dans le Pot cassé (f. 43v°), l’invention visuelle apparaît comme un moyen d’exprimer l’indicible. On peut noter sur le feuillet de droite la beauté graphique des indications permettant de tracer le M au compas. Les empâtements marqués sont caractéristiques du style de Tory.
 
 

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