John B. Greene (1822-1856)
par Sylvie Aubenas
 

John B. Greene, fils de banquier américain, né en France, a consacré sa courte existence  il est mort de la tuberculose au Caire à vingt-quatre ans – à l'archéologie égyptienne et à la photographie.

Il partit pour l'Égypte à l'automne 1853. Trop jeune et inconnu pour bénéficier d'une investiture officielle, il finança le voyage grâce à sa fortune personnelle. Ne pouvant, en 1854, faute d'autorisation, procéder aux fouilles qu'il avait projeté de réaliser, il passa une grande partie de son voyage sur le Nil à photographier. Ce n'est qu'en 1855, après être retourné à Paris, avoir publié ses photographies et prononcé diverses communications sur son voyage, qu'il obtint l'autorisation, grâce à l'entremise de Ferdinand de Lesseps, de procéder à des fouilles à Thèbes ; fouilles qu'il poursuivit l'année suivante en Algérie en compagnie de Louis-Adrien Berbrugger, fondateur du musée et de la bibliothèque d'Alger.

Tous ces travaux sont accompagnés de campagnes photographiques, mais la série d'images la plus riche et la plus remarquable demeure celle qu'il a rapportée de son voyage sur le Nil en 1854, plus de deux cents négatifs classés en trois catégories : monuments, paysages, sculptures et inscriptions. Il s'adressa, comme Maxime Du Camp, à Blanquart-Évrard pour publier, l'année même des prises de vue, une sélection de ses clichés, en deux parties : quarante-six planches de monuments et quarante-huit de paysages dans l'exemplaire le plus complet de cet ouvrage, publié certainement en un très petit nombre d'exemplaires.

Greene ne pouvait pas ignorer l'album de Maxime Du Camp, sorti peu de temps auparavant des mêmes presses, mais le sien en diffère totalement. Les images sont d'une taille très supérieure, présentées dans un grand format en largeur "à l'italienne", alors que le livre de Du Camp avait un format en hauteur et plus modeste. L'esthétique des vues est tout autre. Dans les photographies de monuments, il fait preuve d'une maîtrise absolue des volumes, des ombres et des lumières, de la beauté propre des ruines égyptiennes, il parvient à évoquer leur présence tangible et leur mystère à la fois, avec une acuité extraordinaire. L'idée de séparer monuments et paysages suggère l'importance toute particulière qu'il attachait à cette seconde catégorie, traitée également avec un sens stupéfiant des proportions. Il embrasse l'immensité du ciel au-dessus des terres, l'infini des étendues désertiques, estompé dans une vapeur impalpable par le grain du calotype. Il joue en géomètre d'un point de repère, palmier, groupe d'arbres, monument lointain, pour structurer une image pleine du vide du ciel, du sable et de l'eau. Sa vue du Nil devant les collines de Thèbes, paysage pourtant arpenté par tous les voyageurs qui l'y ont précédé et suivi, demeure une image sans équivalent.

Ouvrage : Le Nil : monuments, paysages, explorations photographiques, Lille, Imprimerie photographique de Blanquart-Évrard, 1854.