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Et vite, après
ce dîner, un cheval de louage, pour m'enfuir...
Dans la belle nuit
d'étoiles, je descends par le Petit-Champ-des-Morts ;
je chemine ensuite dans Galata, qui est en pleine fête, et
enfin, quittant cette rue bruyante, je m'arrête au bord de
l'eau, à l'entrée d'un pont qu'on ne voit pas finir,
mais qui s'en va se perdre au loin dans l'obscurité confuse.
Là, tout change brusquement, comme change un décor
de féerie au coup de sifflet des machinistes. Plus de foule,
ni de lumières, ni de tapage : une profonde trouée
de nuit et de silence est devant moi ; un bras de mer étend
son vide tranquille entre ces quartiers assourdissants que je viens
de traverser et une autre grande ville, d'aspect fantastique, qui
apparaît au-delà sur le fond étoilé de
la nuit, en silhouette toute noire dentelée de minarets et
de dômes. Elle se profile si haut que les coupoles de ses
mosquées, s'exagérant dans les buées enveloppantes,
prennent des proportions de montagnes. C'est un soir de Ramadan.
Alors, à tous les étages de ces minarets, autour de
leurs galeries festonnées, brillent des rangs de feux en
couronnes, et, dans le vide, entre ces flèches de pierre
qui pointent en plein ciel, des inscriptions lumineuses suspendues
par d'invisibles fils effraient comme des signes apocalyptiques
tracés dans l'air avec du feu. |
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J'ai hâte
d'être là ; un attrait, une indicible émotion
de souvenir me fait presser le pas, dans l'obscurité de l'interminable
pont qui mène, à travers ce bras de mer, à
cette ville si noire. À mesure que j'approche, montent toujours
plus haut les coupoles et les minarets avec leurs couronnes de feux.
Me voici à leur pied ; je quitte le plancher mouvant
du pont pour les cailloux et les fondrières d'une première
place obscure qui domine la masse superbe d'une mosquée :
je suis à Stamboul !
Je vais tourner
le dos aux quartiers neufs, aux boulevards récemment alignés
dans les parages de Sainte-Sophie et de la Sublime Porte, qu'éclairent
maintenant, hélas ! des becs de gaz, où circulent
des voitures, des équipages d'ambassade promenant d'aventureux
voyageurs. C'est vers le Vieux-Stamboul, encore immense, Dieu merci !
que je me dirige, montant par de petites rues aussi noires et mystérieuses
qu'autrefois, avec autant de chiens jaunes couchés en boule
par terre, qui grognent et sur lesquels les pieds buttent. Mon Dieu !
pourvu que quelque édile ne me les détruise pas, ces
chiens !... J'éprouve une sorte de volupté triste,
presque une ivresse, à m'enfoncer dans ce labyrinthe, où
personne ne me connaît plus – mais
où je connais tout, comme m'en ressouvenant de très
loin, d'une vie antérieure...
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