Encyclopédie des arts du cirque

Arts du cirque

Le trio Fratellini

Albert, l’auguste, François le clown et Paul le contre-pitre
Marge gauche : Albert , à droite : François
Album constitué par Bernard Naudin, vers 1920
BnF, département des Arts du spectacle, FOL-ICO CIR-59 (86)
© Bibliothèque nationale de France
Dans ce montage d’épreuves photographiques à la manière du studio Endrey, mais non signé, le trio des frères Fratellini est encadré par d’autres images de l’auguste Albert à gauche et du clown François à droite, dans des postures familières au public des habitués.
Entraîné aux disciplines de cirque par leur père Enrico Gaspero Fratellini, dit Gustave, François, le clown blanc, qui commence, jeune, comme écuyer et voltigeur équestre, Paul, acrobate excentrique et leur jeune frère Albert, auguste, créent une formation à trois après le brusque décès de leur frère aîné Louis.
Le trio se produit pour la première fois au cirque Busch à Berlin en novembre 1909 et travaille sans discontinuer dans les pistes parisiennes et européennes jusqu’à la mort de Paul en 1940. Acrobates, acteurs, musiciens, clowns parleurs d’une prodigieuse inventivité, ils privilégient leur rapport avec le public à la ville comme à la scène mais surtout en piste et dans leur loge emplie d’amis artistes ou journalistes. À l’affiche du cirque Medrano pendant dix ans, quasi pensionnaires du cirque stable, tenus de renouveler leurs entrées à chaque changement de programme, c’est à dire deux fois par mois, les clowns exploitent avec un sens artistique très sûr, toutes les ressources de leur univers scénique.
Salués pour leur génie du jeu, ils inspirent Firmin Gémier, Jacques Copeau, Charles Dullin, André Antoine… Trois ans après Parade, Jean Cocteau écrit et crée en février 1920 à la Comédie des Champs-Élysées, pour les Fratellini, ce qu’il nomme une farce, Le Bœuf sur le toit, pour laquelle Darius Milhaud compose la musique (> écouter sur Gallica), Raoul et Jean Dufy peignent les décors et Guy-Pierre Fauconnet conçoit les costumes. Jean Cocteau explique dans la livraison du 21 février 1920 de la revue Comœdia : « Comme le Fox-Trot d’Auric, les Cocardes de Poulenc et les pièces montées de Satie, Le Bœuf sur le toit est un merveilleux exemple de la musique nouvelle qui arrive après la musique à l’estompe : la musique à l’emporte-pièce. Dans Parade la danse s’adaptait encore trop étroitement à la musique. C’est selon moi une erreur. Cela crée entre l’œil et l’oreille une sorte de pléonasme qui empêche de bien entendre et de bien voir à la fois. Ici je m’efforce d’avancer à contre-courant, de mettre une gesticulation lente sur une musique rapide. Pour ce travail difficile, il me fallait les pantins les mieux machinés du monde, c’est-à-dire les clowns. »