Michael Kenna

MARCEL PROUST

1919
Le mobile des clochers de Martinville
« Au tournant d’un chemin j’éprouvai tout à coup ce plaisir spécial qui ne ressemblait à aucun autre, à apercevoir les deux clochers de Martinville sur lesquels donnait le soleil couchant et que le mouvement de notre voiture et les lacets du chemin avaient l’air de faire changer de place, puis celui de Vieuxvicq qui, séparé d’eux par une colline et une vallée, et situé sur un plateau plus élevé dans le lointain, semblait pourtant tout voisin d’eux. En constatant, en notant, la forme de leur flèche, le déplacement de leurs lignes, l’ensoleillement de leur surface, je sentais que je n’allais pas au bout de mon impression, et que quelque chose était derrière ce mouvement, derrière cette clarté, quelque chose qu’ils semblaient couvrir et dérober à la fois. »
Marcel Proust, À la recherche du temps perdu. Du côté de chez Swann, « Combray II », Paris, Gallimard, 1999, coll. « Quarto », p. 148.