Encyclopédie des arts du cirque

Arts du cirque

Danse serpentine sur cheval

Cirque d’Hiver
Bois gravé, d’après un dessin de Paul Dester, 1892
© Collection Jacob/William. CNAC, Châlons-en-Champagne ; La Tohu, Cité du cirque Montréal, Québec
Forme spectaculaire longtemps dominée par les exercices équestres, le cirque puisait son inspiration à de multiples sources pour renouveler son répertoire et fidéliser son public. L’actualité du spectacle lui fournit régulièrement des sujets narratifs ou des innovations techniques aussitôt absorbées, et adaptées à la piste. Ainsi la danse serpentine créée en 1891 par la danseuse américaine Marie-Louise Fuller, dite La Loïe Fuller, fut aussitôt  transposée sur le dos du cheval, notamment par l’écuyère Hélène Gérard qui, dans les souvenirs de Jules Lemaître se produisit à la clôture de la saison du Cirque d’Été le 3 septembre 1893.
« On étend sur l’arène un grand voile noir ; on drape de noir la banquette qui entoure la piste, et par des échelles noires, des hommes grimpent dans les frises pour y disposer des appareils de lumière électrique diversement colorée. Puis, la nuit se fait, et, sur le cheval noir qui tourne, pareil à un cheval de catafalque, tourne aussi le lumineux cyclone des étoffes éployées (tels, ces petits tourbillons polychromes qu’on voit dans les planches des traités d’astronomie), en zigzags, en spirale, en S, en vaguettes symétriques, en fromage, en tulipe renversée, en ailes de Psyché, en ailes de chauve-souris, – avec un corps de femme qu’on entrevoit au milieu –, le tout baigné tour à tour de jaune safran, de rose auroral, de bleu de sulfate de cuivre, de mauve défaillant, de blanc fantomal, et de toutes les teintes de l’arc-en-ciel…
Seulement, voilà, on est trop près du tourbillon– ; on voit trop les bâtons à l’aide desquels l’écuyère élargit l’envergure de son fantastique linceul, et le câble noir qui la rattache aux frises. C’eût été spectacle d’Hippodrome plutôt que de cirque. Ces réserves faites, la vision est charmante.
L’habileté de Mlle Hélène Gérard ne le cède guère, – et dans des conditions beaucoup plus difficiles – à la science de Mlle Loïe Fuller elle-même ; et l’on doit la féliciter de garder tant de grâce dans un tel déploiement de force musculaire.  »
 
Source : Jules Lemaître, Impressions de théâtre 8e série, 1888-1898, chapitre Cirque d’Eté : la « danse serpentine équestre ».