Le Christ en majesté au-dessus

Copié vers 1320-1325

Gossuin de Metz (actif au XIIIe siècle), L’Image du monde
Manuscrit sur parchemin, 38 × 25,5 cm
BnF, département des Manuscrits, Français 574, f. 136v
© Bibliothèque nationale de France
L’Image du monde est une encyclopédie adaptée en prose française en 1246 par maître Gossuin de Metz, à partir d’un traité en latin du XIIe siècle, l’Imago mundi d’Honorius Augustodunensis. Nous dirions aujourd’hui qu’il s’agit d’un ouvrage de vulgarisation scientifique, mettant à la portée d’un public plus large des notions savantes d’astronomie, de géographie et de sciences naturelles. L’œuvre connut un grand succès dont témoignent plus de soixante-dix manuscrits, le plus souvent enluminés.
Cette miniature en pleine page représente le Christ en majesté, assis de face sur un trône, au-dessus d’un schéma des sphères de l’univers. Il tient de la main gauche un globe qui représente également le monde et fait un geste de bénédiction de la main droite. Il est entouré du tétramorphe, c’est-à-dire des symboles des quatre évangélistes : saint Matthieu (l’ange), saint Jean (l’aigle), saint Marc (le lion), saint Luc (le taureau).
Les cercles concentriques en dessous de la figure du Christ représentent l’univers formé de sphères emboîtées. La sphère du firmament, où sont enchâssées les étoiles fixes, enferme les sept sphères des astres (Saturne, Jupiter, Mars, Soleil, Vénus, Mercure, Lune) puis les quatre sphères des éléments (feu, air, eau, terre). Au-delà du firmament (huitième sphère) se trouvent les neuvième, dixième et onzième cieux (dont le ciel cristallin). Au-dessus de toutes les sphères se trouve l’empyrée, où séjournent les bienheureux aux côtés de Dieu. À l’inverse, au centre de ce système, et au plus profond des sphères du monde se trouve l’enfer, représenté par un monstre dévorant les damnés.
La souveraineté de Dieu sur le monde s’exprime ainsi de deux manières dans cette image : par le globe, que le Christ tient à la main, et par sa position en majesté au-delà du monde, dans cet espace abstrait rouge et bleu qui représente l’empyrée.
Cette conception à la fois scientifique et religieuse du monde est très souvent commentée et représentée dans les manuscrits médiévaux, et elle est enseignée jusqu’à l’époque moderne, lorsque finit par s’imposer le modèle héliocentrique démontré par Copernic.