Repères
Boris Vian

V comme... Vian

 

« Je serai content quand on dira / Au téléphone – s’il y en a-t-encore / Quand on dira / V comme Vian… ». De A comme Atomixai-reu à Z comme Zazou, petite sélection de citations vianesques pour simplifier (ou non) les conversations téléphoniques…
A
A comme Atomixai-reu
« Viens m'embrasser
Et je te donnerai
Un frigidai-reu
Un joli scoutai-reu
Un atomixai-reu
Et du Dunlopillo »
(La Complainte du progrès)
B
B comme Bonheur
Ce qui compte, ce n'est pas le bonheur de tout le monde, c'est le bonheur de chacun.
(Traité de civisme)
C
C comme Crever
« Je voudrais pas crever avant d'avoir connu les chiens noirs du Mexique qui dorment sans rêver les singes à cul nu dévoreurs de tropiques les araignées d'argent au nid truffé de bulles. »
Je voudrais pas crever »)
D
D comme Désert
« Le désert est la seule chose qui ne puisse être détruite que par construction.» (L'Automne à Pékin)
E
E comme Entrée
« Une sortie, c'est une entrée qu'on prend dans l'autre sens. »
(Traité de civisme)
F
F comme Fuir
« Un homme digne de ce nom ne fuit jamais. Fuir, c'est bon pour un robinet. »
(Les Bâtisseurs d'empire)
G
G comme Gidouille*
« Archimède, c'est une espèce de saint. C'est lui qui a inventé la spirale […] Sans spirale, pas de disques. Sans disques, pas de phonos. Sans phonos, pas de be-bop. »
(Archimède : saynète radiophonique)
* nom 'pataphysicien de la spirale
H
H comme Histoires
« J'avais attendu d'avoir 23 ans pour écrire. Hein, les jeunes. C'est de l'abnégation. Ensuite, j'ai essayé de raconter aux gens des histoires qu'ils n'avaient jamais lues. Connerie pure, double connerie : ils n'aiment que ce qu'ils connaissent déjà ; mais moi j'y prends pas plaisir, à ce que je connais, en littérature. Au fond, je me les racontais les histoires. J'aurais aimé les lire dans les livres d'autres. »
(Journal à rebrousse-poil)
I
I comme Ingénieur
D'abord ingénieur à l'AFNOR, Vian fait parfois référence à son premier métier dans ses textes.
« Je voudrais pas mourir
Sans qu'on ait inventé
Les roses éternelles
La journée de deux heures
La mer à la montagne
La montagne à la mer […]
Et tant de trucs encore
Qui dorment dans les crânes
Des géniaux ingénieurs »
(Je voudrais pas crever)
J
J comme Jazz
« Rappel première impression jazz : trompette bouchée Ellington vers 1934/35 »
(Note de Boris Vian, Œuvres complètes, Paris, Fayard, 2001, tome VIII)
K
K comme Korzybski
« La logique non aristotélicienne de Van Vogt, qu'il a prise chez Korzybski, n'est qu'une des logiques possibles, d'ailleurs. Il y a des choses très intéressantes sur ce genre de logique dans un livre de Bachelard sur le nouvel esprit scientifique. »
(dans « Pierre Kast et Boris Vian : entretien autour de la science-fiction », dans L'Ecran, revue mensuelle de cinéma, n° 1, janvier 1958).
L
L comme Littérature
« Il me vient à l'idée que c'est terrible mais je ne sais absolument pas comment je serai ce que je serai après. Un vieux de quelle sorte. Et qu'au fond ça serait maintenant le moment merveilleux pour mourir si je croyais à la littérature. Alors qu'est-ce que je fais, je meurs ou non ? »
(Journal à rebrousse-poil, 10 février 1953)
M
M comme Mots
« Il y a des moments où je me demande si je ne suis pas en train de jouer avec les mots. Et si les mots étaient faits pour cela ? »
(Les Bâtisseurs d'empire)

N
N comme Noël (Magali)
« Physiquement, elle tient ferme de ses ancêtres les Beauthorax et elle a hérité, en outre, de la branche Callipyge tous les signes extérieurs utiles. Du vieux Noël, elle a gardé un goût traditionnel pour l'ouvrage bien faite, et une énergie difficile à contrôler. […] Écoutez se déchaîner les rockmen français, alternant avec ce qui s'est fait de plus sexy depuis Ève, Magali Noël. »
O
O comme Oubli
« Quelle mine de vieux souvenirs on a dans le crâne. J'ai rêvé d'un machin qui vous remettrait la mémoire à zéro, comme un compteur de bagnole. À quoi ça me sert, tous ces souvenirs-là ? C'est pas parce que je vais les mettre sur le papier que je ne les aurai plus, au contraire. Ça me fait suer de me dire que c'est là dans un coin de mon ciboulot ; j'y pense jamais, mais c'est aussi une restriction mentale. On oublie pas comme ça, on n'oublie rien de ce qu'on veut oublier ; c'est le reste qu'on oublie ».
(Journal à rebrousse-poil, 11 novembre 1951)
P
P comme Politique
« La politique est appelée à disparaître en tant que méthode de résolution des problèmes de l'homme, et on arrivera à l'éliminer au même titre que la syphilis. »
(Traité de civisme)
Q
Q comme Queneau
« Queneau est à l'heure actuelle en France le seul écrivain qui ait à la fois un style, des idées et une langue uniques : c'est sans doute trop pour un seul homme, et Gaston [Gallimard] préfère attendre que Raymond ait une grande barbe et un fauteuil à roulettes pour le tirer à cent mille et flanquer de grosses affiches partout. »
(Manuel de Saint-Germain-des-Prés)
R
R comme Revue (de presse)
« Mes poulpiquets bronzés, je suppose que vous voilà tous revenus de vacances maintenant, et prêts de nouveau à brandir le sacro-saint flambeau du jazz contre tous les méchants admirateurs de Charlie Blanc et Yvonne Kunz. Aussi, sans plus attendre, je me rue sur les revues accumulées par le patron pendant ces longs mois d'inaction et qu'il s'est bien gardé d'ouvrir parce que je suis là pour ça et que c'est si bien payé que pas un instant je ne songerais à me dérober à cette pénible tâche, ainsi soit-il. »
(Revue de presse, Jazz Hot, n° 36, septembre 1949).
S
S comme Spécialiste (de tout)
Le monde est aux mains d'une théorie de crapules qui veulent faire de nous des travailleurs, et des travailleurs spécialisés, encore : refusons… Sachons tout… Soyez un spécialiste de tout. L'avenir est à Pic de la Mirandole.
(Traité de civisme)
T
T comme Travail
« Pourquoi sont-ils si méprisants ? demanda Chloé [à propos d'ouvriers croisés le long de la route]. Ce n'est pas tellement bien de travailler.
- On leur a dit que c'était bien, dit Colin. En général, on trouve ça bien. En fait, personne ne le pense. On le fait par habitude et pour ne pas y penser, justement. »
(L'Écume des jours)
U
U comme Ursula
Elle a une frange, les cheveux coupés avec un sécateur dans le cou, un manteau gris-vert cacadoie de flamant ou d'autruche, je ne sais plus. Long vague ample. Je la vois, c'est terrible. Je ne revois jamais pourtant. Et ses yeux. La première fois, je jure, j'invente pas, que je sais regarder les yeux de quelqu'un. Elle a des yeux avec un peu d'huile sur les paupières. Et la figure en triangle. Mais un vrai, d'Euclide, avec la somme des angles égale à deux droits.
(Journal à rebrousse-poil)
V
V comme Vian
Le fond de mon cœur
Je vais être sincère – une fois n'est pas coutume –
Voilà : Je serai content quand on dira
Au téléphone – s'il y en a-t-encore
Quand on dira V comme Vian…
J'ai de la veine que mon nom ne commence pas par un Q
Parce que Q comme Vian, ça me vexerait.
(Cantilènes en gelée) .
W
W comme Watt
« Lorsque j'y ai zété
Pour la première fois/
C'était en février
Mais il faisait pas froid
Des clochards somnolaient
Sur les grilles fumantes
Et les moulins tournaient
Dans la nuit murmurante
J'étais avec Raymond
Qui m'a dit mon colon
Il faut que tu constates
Qu'y a rien comme la rue Watt »
(Chanson contant une promenade dans les rues de Paris avec Raymond Queneau)
X
X comme Xavier
Quant à Xavier
Il joue sur la plage
Du xylophone
Pour les p'tits poissons
(Abécédaire en 26 chansonnettes)
Y
Y comme Yvonne
Yvonne a chipé
Le yoyo d'Yvette
Qui mange un yaourt
Derrière la maison
(Abécédaire en 26 chansonnettes)
Z
Z comme Zazou
« La cheville entravée, l'épaule retombante, Le cheveu hérissé, l'œil bleu, l'air idiot, Le zazou se redresse et son crâne-grelot flamboie, tempes serrées par la gomme adragante. »
(Cent sonnets)
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